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Selon l'auteur, «l’école est donc devenue utilitaire et utilisée au grand détriment de ce qu’elle a déjà été».
Selon l'auteur, «l’école est donc devenue utilitaire et utilisée au grand détriment de ce qu’elle a déjà été».

Une école de plus en plus utilitaire et utilisée

Marcel Perron
Marcel Perron
Neuville
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POINT DE VUE / La pandémie a dévié notre attention sur des aspects situés en marge de l’essence même du rôle de l’éducation dans une société. Si la première assertion du titre évoque un objectif, la seconde reflète plutôt des moyens utilisés pour y parvenir. 

Comme on le sait, l’école est un lieu de pouvoir où s’opposent souvent des valeurs citoyennes à celles développées par le courant néolibéral. Ce dernier veut uniformiser les contenus des matières, voulant même alléger le cursus pour y soustraire des cours qu’il juge «inutiles», en créant des lourdeurs dans les formations des étudiants, tout en reportant leur entrée sur le marché du travail.

Ces deux approches différentes concernant la finalité de l’éducation débouchent sur des contradictions qui déchirent les acteurs du monde scolaire. Si les tenants d’une école citoyenne visent une formation qui aura pour effet de produire des têtes bien faites, capables de porter un jugement sur le monde qui les entoure, les disciples du néolibéralisme privilégient de leur côté une formation vite faite pour répondre aux besoins d’une économie galopante. 

Ainsi, «l’étudiant producteur-consommateur» remplace «l’étudiant-citoyen» qui concevait son travail dans un cadre plus grand, en tenant compte des valeurs collectives de la société.

Avec ce changement de paradigme, l’école est devenue une institution livrant des diplômes à rabais à des étudiants souvent désintéressés. Comme une «usine à piastres», l’école forme à la chaîne des techniciens qui sauront bien s’intégrer à la machine de production de biens et de services, dans une société de consommation où on a déifié l’argent et ceux qui en produisent. Ce courant mercantiliste a atteint toutes les sphères de la société en intégrant son vocabulaire économique dans nos vies. On gère maintenant ses émotions, on investit dans sa personne, on produit son bonheur, on développe son capital humain. Loin des valeurs humanistes, l’individu s’identifie dorénavant à une PME qu’il se doit de rentabiliser pour sa croissance personnelle.

L’école est donc devenue utilitaire et utilisée au grand détriment de ce qu’elle a déjà été, soit un lieu où on visait le développement intégral de la personne pour former des travailleurs compétents et des citoyens capables de décoder l’ampleur des défis à venir.