Une décision qui pénalise tous les malades psychiatriques

Chers concitoyens, en cette période trouble dans le milieu de la santé, nous avons décidé d’informer la population d’une rupture prochaine des soins et des services de médecine générale chez les personnes hospitalisées à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ). Nous sommes obligés de sortir dans les médias parce que la direction de l’hôpital et le ministre n’écoutent pas notre cri du cœur. Nous espérons par ce geste que les citoyens appuieront notre demande de maintenir des soins médicaux adéquats pour cette clientèle.

Certes, les psychiatres sont des médecins, mais ils ont besoin de l’expertise de médecins généralistes et de certains autres spécialistes pour traiter avec la plus grande qualité de soins des personnes présentant à fois des maladies physiques et mentales. Sans cette collaboration, il n’est pas possible pour les psychiatres d’assurer les soins des malades. La nécessité des médecins généralistes dans un hôpital est indiscutable, que ce soit pour traiter un diabète débalancé, un trouble du rythme cardiaque, une pneumonie, une allergie, un délirium et autres situations fréquentes.

À compter du 17 mars, il n’y aura plus de garde de médecine physique sur place le soir et la fin de semaine à l’Institut universitaire en santé mentale de la Capitale Nationale. Les médecins généralistes seront de garde sur appel, car trop peu nombreux pour assurer une présence à l’Institut. Assez rapidement les 320 patients hospitalisés n’auront plus de services courants, puisqu’à partir du mois de mai, il ne restera que trois médecins à temps partiel pour assurer tous les suivis et toutes les urgences. En même temps, il y aura le transfert de 20 lits de psychiatrie provenant de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Or, pour répondre aux besoins de l’ensemble des patients de l’IUSMQ, il faudrait l’équivalent de six médecins généralistes à temps complet. C’est un fait connu de la gestion supérieure, y compris du ministère de la Santé depuis des années.

Le transfert de lits entre l’Hôpital de l’Enfant-Jésus et l’Institut est motivé par une décision ministérielle illogique d’exclure la psychiatrie du nouveau centre hospitalier universitaire de Québec. Nous sommes confrontés à une situation absurde, où une personne ne peut être traitée au même endroit si elle a le malheur de présenter des maladies physiques et mentales, ce qui représente plus de 65% des cas. La conséquence de cette décision est de diriger les patients souffrant de troubles psychiatriques vers l’Institut universitaire en santé mentale, cela au moment même où l’on y réduit les services médicaux!

L’Institut universitaire en santé mentale de Québec et, on le craint, les deux Instituts en santé mentale de Montréal (Le Douglas et l’IUSMM) risquent de passer d’un statut d’institut universitaire à celui d’un CHSLD en souffrance du manque de médecins. C’est un retour à l’asile et une inéquité de services pour les personnes atteintes de dépression, de schizophrénie ou d’un autre trouble psychiatrique. Cette situation renforce la stigmatisation de nos concitoyens les plus vulnérables. De plus, Les patients ayant un diagnostic psychiatrique sont souvent discriminés au guichet d’accès pour obtenir un médecin de famille en suivi externe. Il s’agit donc d’une double discrimination.

Malgré l’impressionnant bilan de l’évolution des soins psychiatriques depuis le début des années 60 au Québec, la gestion actuelle semble ignorer les coûts et les efforts humains qui ont été nécessaires pour mener à bien ces transformations. Ce retour à l’asile est arrogant et déconnecté de la base. Ce recul que l’on croyait impossible doit être corrigé immédiatement.

Le Conseil pour la protection des malades appuie d’ailleurs notre démarche.

Un citoyen sur quatre, et bientôt un sur trois, auront besoin au cours de leur vie de services en santé mentale. Les besoins pour le traitement de l’abus de substances, particulièrement chez les jeunes, sont en évolution constante. La dépression majeure est maintenant la première cause d’invalidité au Canada. Or, les services offerts à cette importante partie de la population sont de plus en plus restreints et mis en péril.

Si l’État continue de fermer les yeux devant cette rupture de services, nous ne serons plus en mesure d’assurer convenablement la sécurité et la qualité des soins physiques aux personnes hospitalisées en psychiatrie dans la Capitale Nationale.

La mobilisation citoyenne peut influencer les politiques et les décisions organisationnelles afin d’offrir des soins d’excellence à tous les membres de la communauté, une valeur fondamentale de notre société. Nous sollicitons votre appui puisque les démarches usuelles ont été vaines. Nous vous demandons de contacter le ministre de la Santé ou de vous manifester sur les médias sociaux. Les personnes souffrant de troubles psychiatriques sont majoritairement exclues et ont peu d’appui pour faire valoir leurs droits. Nous souhaitons que cette situation change. Unissons-nous pour nous garantir des soins dignes et sécuritaires!

La lettre est signée par les psychiatres de la région de Québec:

Philippe Baruch MD Psychiatre 
Marie-Josée Beauchemin MD Psychiatre
Serge Beaulieu MD Psychiatre
Hélène Bélanger Psychiatre
Dominique Belisle MD Psychiatre
Suzanne Bernier Pharmacienne
Réal Bertrand MD
Isabelle Bilodeau Pharmacienne
Mathieu Bilodeau MD Psychiatre
Martine Bourget MD Psychiatre
Anne-Pierre Bouffard MD Psychiatre
Annie Brochu-Blain MD Psychiatre
Anne-Marie B-Blouin MD Psychiatre
Roch-Hugo Bouchard MD Psychiatre
Jérome Charest MD
Guillaume Chalifour Pharmacien
Andrée Cardinal MD Psychiatre
Robert Caron Pharmacien
Julie Cantin MD Psychiatre
Marise Chénard Géronto-Psychiatre

Marie-Julie Cimon MD Psychiatre
Annie Cossette MD Psychiatre
Jean-François Côté MD Psychiatre
Isabelle Côté MD Psychiatre
Nathalie Couillard Pharmacienne
Marie-France Demers Pharmacienne
Karine Desharnais Pharmacienne
Alain Dion MD Psychiatre
Nathalie Dion Pharmacienne
Sylvain Faucher MD Psychiatre
Evelyne Gagnon Pharmacienne
Nadine Gagnon MD Géronto-Psychiatre
Stéphanie Gagnon MD Psychiatre
Monique Garant Pharmacienne
Marianne Genest MD Psychiatre
Andréanne Gignac MD Psychiatre
Sarah Grenier Pharmacienne
Michèle Houde MD Géronto-Psychiatre
Paul Jacques MD Psychiatre
Edith Labonté MD Psychiatre

Anne-Marie Lafond MD Psychiatre
Geneviève Lajoie MD Psychiatre
Guy Lanctôt MD Psychiatre
Mélanie Langlois Pharmacienne
Michel Larose MD Psychiatre
Geneviève Legris MD Psychiatre
Catherine Lesueur Pharmacienne
Evelyn Keller MD Géronto-psychiatre
Marie-Josée Filteau MD Psychiatre
Judith Labrecque MD Psychiatre
Andrée Lemay MD Psychiatre
Diane Leblanc MD Psychiatre
Maude Lemieux MD Psychiatre
Suzie Lévesque MD Psychiatre
Sophie L’Heureux MD Psychiatre
Josée Martel Pharmacienne
Jean-François Montreuil MD Psychiatre
Paul Ouellet MD Psychiatre
Ronald Ouellet MD Psychiatre
Isabelle Panneton MD Psychiatre

Carole Parent MD Neurologue
Simon Patry MD Psychiatre
Rodrigue Paradis MD
Julien Pelletier MD Psychiatre
Emmanuelle Pourcher MD Neurologue
Sébastien Proulx MD Psychiatre
Renée Robichaud MD Psychiatre
Réjean Robitaille MD
Marc-André Roy MD Psychiatre
Jacinthe Saindon MD, Psychiatre
Christian Shriqui MD Psychiatre
Catherine Touchette MD Géronto-Psychiatre
Valérie Tourjman MD Psychiatre
Anne Tremblay MD Psychiatre
Julie Tremblay MD Psychiatre
Philippe Tremblay MD Psychiatre
Valérie Trottier-Hébert MD Psychiatre
Carol Villeneuve MD
Evens Villeneuve MD Psychiatre
Hubert Wallot MD Psychiatre

Ainsi que par:

Dr Jean-Pierre Melun, chef du département de psychiatrie 
Institut universitaire en santé mentale de Montréal

Dr Mimi Israel, chef démissionnaire du département de Psychiatrie 
Institut Douglas