Marc Perron, Associé directeur, Deloitte Québec

Un urgent besoin d’ambition entrepreneuriale

POINT DE VUE / Bien que notre économie profite aujourd’hui d’une embellie, et cela depuis quelques années maintenant, il a beaucoup été question des moments difficiles de certains entrepreneurs d’ici dans l’actualité des dernières semaines. Pourtant, alors que le rythme des changements s’accélère et que les innovations révolutionnent l’un après l’autre les secteurs économiques, la compétitivité se redéfinit. Il est aujourd’hui essentiel de profiter de toutes les occasions et, pour cela, le Québec a besoin de plus d’entrepreneurs.

Si la réputation du Québec en matière de créativité n’est plus à faire, il faut toutefois reconnaitre que notre écosystème innovant éprouve encore des difficultés à capitaliser pleinement sur son potentiel. Pour générer des retombées économiques significatives, il est tout aussi essentiel d’avoir une bonne idée que de pouvoir la mettre en marché pour ensuite pouvoir l’exploiter et générer des bénéfices.

Prenons pour exemple la recherche et le développement. Alors que Québec se démarque par la qualité des activités dans des secteurs de pointe, que ce soit dans les entreprises ou dans les universités, la mise en marché fait trop souvent défaut. L’innovation québécoise génère des retombées considérables, mais de trop nombreuses innovations ne profitent pas encore d’un véritable effort de commercialisation. Résultat, des innovations avec un fort potentiel joignent la longue liste des secrets les mieux gardés en ville. Sans les interventions de l’écosystème entrepreneurial, bon nombre de nos futurs fleurons seraient demeurés des concepts.

Cela survient alors que la compétition est de plus en plus vive. Car si les créateurs d’ici ont développé des compétences et des expertises poussées pour imaginer de nouvelles inventions et concevoir des solutions révolutionnaires, ces produits sont aujourd’hui en compétition avec un nombre ahurissant de concurrents globalement. Il ne suffit donc plus d’avoir une idée ou un brevet pour se démarquer : il faut savoir porter à bout de bras ces solutions et conquérir sans cesse de nouveaux marchés. Pour cela, le Québec doit développer une véritable fièvre entrepreneuriale.

Entre 2009 et 2018, les intentions et les démarches entrepreneuriales, comme établi par l’Indice entrepreneurial québécois, ont globalement triplé. C’est une bonne nouvelle, mais il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers. Il s’agit donc d’un projet économique, mais aussi social, car la croissance de la productivité qui en résultera offrira un potentiel d’augmentation des salaires et des revenus, donc également du niveau de vie de tous les Québécois. Dans le contexte démographique que nous connaissons, innover est devenu vital pour le Québec.

Au sein du Canada, le Québec se doit de prendre les bouchés doubles. Deuxième au pays quand il est question d’innovation, selon le classement provincial et territorial 2018 du Conference Board, le Québec est pourtant devancé par la Colombie-Britannique et l’Alberta quand il est question d’ambition entrepreneuriale. Or, la synergie entre ces deux indicateurs est urgente.

Avec davantage d’entrepreneurs, il sera non seulement possible d’ajouter de nouveaux produits, de développer de nouveaux modèles d’affaires et de construire de nouveaux réseaux de distribution internationaux, mais aussi de consolider la position concurrentielle de notre économie. Car, contrairement aux précédents cycles économiques, les entreprises qui sont aujourd’hui parmi les plus performantes doivent additionner de nombreux facteurs de différenciation pour se démarquer. Qu’il s’agisse de la performance de la technologie, de la commercialisation ou encore de la qualité de l’expérience client dans un monde numérique, chacun de ces facteurs peut être décisif dans le marché mondialisé que nous connaissons. À long terme, les entreprises et les économies qui multiplient les facteurs de différenciation sont en meilleures positions pour résister aux assauts des concurrents et pour préserver leur croissance. Les entrepreneurs sont sans aucun doute les mieux placés pour identifier et exploiter ces facteurs de différenciation.