Les auteurs de la lettre proposent la construction d'un troisième lien reliant le secteur du Complexe Desjardins et le quartier Saint-Roch, qui prendrait la forme d'un système léger sur rail circulant dans un tunnel sous-fluvial.

Un troisième lien pour «boucler la boucle» du SRB

Le dossier d'un troisième lien entre Québec et Lévis occupe depuis les derniers mois une grande place dans l'actualité. En tant qu'étudiants et diplômés en aménagement du territoire, nous sommes à même de constater que la mobilité entre les deux rives s'est détériorée depuis les dernières années, surtout aux heures de pointe, en raison de la croissance démographique et économique qui a généré une pression accrue sur les infrastructures de transport existantes.
Face à cette situation, l'ajout d'un troisième lien autoroutier semble être la seule solution retenue pour l'instant. Peu importe qu'elle soit située à l'est ou à l'ouest, l'implantation d'une telle infrastructure aura des impacts néfastes sur l'étalement urbain, la protection des terres agricoles avoisinantes et les émissions de gaz à effet de serre. De plus, les sommes nécessaires à la construction ne règleront le problème que pour quelques années. En effet, il est prouvé que l'accroissement de la capacité routière n'est pas une solution durable aux problèmes de congestion, puisque des ménages seront attirés par le coût plus faible des résidences sur la Rive-Sud et s'ajouteront aux navetteurs actuels, un phénomène mieux connu sous le nom de demande induite. 
Tel que l'a mentionné l'OCDE en 2012, les villes du 21e siècle devront se doter de plans favorisant une plus forte compacité urbaine et une meilleure desserte de transport en commun. Cette transformation est nécessaire pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre auxquels le Canada a adhéré par sa signature à l'Accord de Paris sur le climat. L'implantation d'un troisième lien autoroutier va à l'encontre des mesures devant être prises pour améliorer notre bilan carbone. Au contraire, l'objectif des élus de la région devrait être de favoriser l'implantation de services de transport en commun efficaces et d'encourager la marche et le vélo.
À l'heure actuelle, la mise sur pied d'un SRB est envisagée pour relier les deux rives et améliorer la situation sur les ponts. Il serait d'une grande utilité pour les gens situés dans l'ouest de la ville de Lévis souhaitant se rendre à Sainte-Foy. Toutefois, ce projet, dans sa forme actuelle, ne répondra que partiellement aux besoins en transport des gens situés près du coeur historique du Vieux-Lévis, de même qu'à la population de la ville de Québec souhaitant se rendre à Lévis. Pour mieux répartir la demande sur différents axes, nous proposons la construction d'un troisième lien reliant les deux centres-villes, soit le secteur du Complexe Desjardins et le quartier Saint-Roch. Ce troisième lien prendrait la forme d'un système léger sur rail circulant dans un tunnel sous-fluvial.
Une analyse effectuée à partir de l'enquête Origine-Destination de 2011 démontre l'intérêt d'un tel lien, autant pour les Lévisiens que les habitants de Québec. En effet, un total de 121 565 déplacements sont effectués quotidiennement entre les deux rives. À l'est des ponts actuels, l'endroit où le fleuve est le plus étroit se situe entre le Vieux-Lévis et le secteur du Vieux-Port de Québec, soit environ 950 mètres. Nous estimons que la création d'un lien à cet endroit, qui serait plus structurant que le traversier actuel, serait un itinéraire logique pour 36 860 des 121 565 déplacements, la distance à parcourir une fois le lien construit étant soit équivalente ou inférieure au trajet quotidien actuel de ces personnes.
L'ajout de ce troisième lien permettrait, au final, de «boucler la boucle» du SRB tel qu'il est projeté actuellement. Ainsi, le projet de train léger tel que nous le proposons comporterait deux stations du côté de Québec, soit Parc Victoria et Gare du Palais. De plus, la station Gare du Palais permettrait les transferts avec les réseaux ferroviaires et d'autobus interurbains existants. Du côté de Lévis, deux stations seraient assurément implantées: Centre des congrès, où l'on pourrait mettre en place des stationnements incitatifs; et Desjardins, située à proximité du siège social.
Nous nous prononçons donc en faveur de la réalisation d'une étude pour valider la faisabilité de ce projet. Nous estimons que les coûts de construction, même s'ils sont importants, seront bien plus faibles que ceux annoncés pour le tunnel Québec-Lévis. Surtout, les bénéfices seront beaucoup plus importants: réduction de l'étalement urbain; densification et hausse de la valeur foncière près des stations; et l'ajout d'une alternative qui contribuera à réduire les gaz à effet de serre.
Pour nous, le questionnement sur le troisième lien doit dépasser le simple débat sur la position géographique de ce lien. Il représente le moment où, comme société, nous devons faire un choix qui aura des conséquences à très long terme sur le développement de notre territoire. Allons-nous poursuivre le modèle hérité des années 60 et 70, centré sur le développement autoroutier, ou essayerons-nous un modèle différent, capable de répondre aux impératifs environnementaux du 21e siècle ?
Signataires
33 étudiants et diplômés à la maîtrise en aménagement du territoire et développement régional:
Sébastien Mackey, Louis-Philippe Bédard, Maxime Bédard-Thom, Catherine Bergeron, Marc-André Bernard, Catherine Bilodeau, Yannick Bourque, Alexandra Cassivi, Adrien Cervesato, Gérard Denis, Sarah Desaulniers, Sidiki Diarra, Joé Dufour, Pier-Luc Dufour, Ivan Espindola, Antoine Gamache, Guillaume Godin, Rose-Danielle Joseph, Dara Larfeuil-Peressini, Étienne Lavallée, Yoan Lebel-Gaudreault, Alexandra Leblanc, Emmanuelle Leblanc, Michaël Leblanc, Dany Lévesque, Jean-Philippe Michaud, Emmanuelle Michaud-Champagne, Amélie Morissette-Desjardins, Camille Potvin, Jo-Anick Proulx, Samuel Rioux, Damien Ruaud et Maude-Amélie Verville