Une projection du tramway à l’angle de la 1re Avenue et de la rue des Frênes dans Limoilou.
Une projection du tramway à l’angle de la 1re Avenue et de la rue des Frênes dans Limoilou.

Un tramway? Vraiment?

POINT DE VUE / Voici ce que l’on sait du projet de réseau structurant de la Ville de Québec et qui devrait nous inquiéter.

Interdiction de tourner à gauche à 148 intersections en raison d’une dalle de béton, disparition de 1241 places de stationnement, abattage de 24 % des arbres sur le parcours, augmentation des bouchons de circulation, on parle notamment de 244 % au pied de la côte Saint-Sacrement, 21 minutes de plus pour relier Saint-Roch à la Colline parlementaire, la pression automobile en hausse de 65 % de plus sur 16 rues dites «collectrices», le creusage et le dynamitage du tunnel qui va percer la falaise à partir de la rue de la Couronne va durer 588 jours si on besogne durant 24 heures, et cela va nécessiter 40 000 voyages de camion, ces travaux vont produire une grande quantité de GES, la schéma de couverture des pompiers et des ambulanciers devra être revue, les camions pourront difficilement circuler au centre-ville au point de nuire à la White Birch, aux industries, au Port, aux commerces de la rue Saint-Joseph, des ruelles seront sacrifiées dans Limoilou, alors que le tracé fait en sorte que le tramway ne dessert ni l’aéroport, ni la gare de train, ni le ministère du Revenu (3000 employés), ni le mégahôpital (5000 employés), ni le centre Vidéotron alors que les banlieusards devront se contenter, pour leur part, d’un trambus.

Par contre, voici ce qu’on ne sait toujours pas. Le tracé définitif, le plan d’affaires et la ventilation des coûts, la liste des expropriations, qui assume les déficits, quels sont les coûts d’opération, comment réduire le bruit produit par le crissement sur les rails dans les courbes, comment, concrètement, le tramway pourra résister à nos hivers (le O Train d’Ottawa a échoué son test cet hiver), qui va payer pour le déplacement des utilités publiques Bell, Vidéotron, Énergir, Hydro-Québec et la démolition de viaducs, et bien sûr, comment pourraient s’arrimer le tramway et le tunnel Québec-Lévis.

Certaines de ces réponses auraient pu venir lors des comités de bon voisinage qui ont reportés à l’automne. Le BAPE, qui n’a pourtant pas obtenu réponse à toutes les questions qu’il a posées à la Ville, a décidé néanmoins de lancer des audiences au cours l’été en juillet en mode virtuel. Cherchez l’erreur. Tout cela sent le bulldozage d’un projet jamais soumis à la population.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’appui au tramway s’effrite dans l’opinion publique. Le maire Régis Labeaume, qui a toujours combattu l’idée d’un tramway dans sa longue carrière, essaie de l’imposer, quitte à redessiner les plans de son projet toutes les semaines. Je maintiens que ce réseau dit structurant va défigurer la Ville avec ses fils électriques et sa dalle de béton, la paralyser durant des années pour, au final, la couper en deux tout ça pour un gain de mobilité assez minime. Quant aux retombées économiques, elles sont destinées à un consortium étranger qui devrait fournir un tramway clé en main.

Chambranlant avant la crise en santé, le projet de tramway devrait être repoussé, et son budget de 3,3 milliards $, servir des causes urgentes et elles ne manquent pas.