«Andrew Scheer, comme nouveau défenseur de la droite, a de la difficulté à passer, à se faire accepter par l’Est et surtout par le Québec», écrit l'auteur de cette lettre d'opinion.

Un rendez-vous manqué

POINT DE VUE / Bon. Un peu de politique-fiction. Les Libéraux ont gagné les élections à cause de Justin Trudeau. Plutôt à cause de l’incompétence de Justin Trudeau. C’est cette incompétence qui fût salutaire pour lui. En effet, si Justin Trudeau avait fait un meilleur job au début de son mandat, l’establishment conservateur aurait été moins porté à élire un chef de parti aussi radical qu’Andrew Scheer pour faire contrepoids à Trudeau.

Or, dès son premier budget, le parti libéral annonce des déficits à outrance pour plusieurs années, s’engage sur des politiques libérales comme la légalisation du pot et Trudeau lui-même est pris dans une situation évidente de conflit d’intérêt lors de ses vacances de Noël. La réponse des Conservateurs : Andrew Scheer est élu comme remplaçant de Stephen Harper avec un maigre 50,95 % des voix, Maxime Bernier est battu, se retire dans ses terres et fonde son propre parti. L’establishment conservateur a donc choisi l’option du chef le plus à droite, l’option qui défend les valeurs plus traditionnelles, celles qui devront être débattues à Ottawa.

C’était peut-être la meilleure option pour les débats en Chambre, mais pas pour gagner une élection. En effet, Scheer, comme nouveau défenseur de la droite, a de la difficulté à passer, à se faire accepter par l’Est et surtout par le Québec. Ce n’est pas par manque d’efforts, mais en 2019 les apparences sont importantes. Scheer a de la difficulté à incarner l’homme d’État qui doit supplanter Trudeau le golden boy, et ce, malgré tous les dérapages du Parti libéral et de son chef.

Scheer a aussi eu de la difficulté à répondre de façon satisfaisante aux questions sur l’avortement et sur l’environnement, ce qui lui a aliéné une bonne partie du vote des deux plus populeuses provinces de la Confédération et celui des jeunes. Ceci ouvre aussi la porte toute grande au Bloc. Les Québécois, usés de la Trudeaumanie, cherchent une option logique pour défendre leurs intérêts et pour les représenter. La réponse logique aurait été de voter pour les conservateurs pour sortir les libéraux. Mais les Québécois en sont incapables et se rabattent sur leur plan B, le Bloc.

Le résultat, on le connaît. Gouvernement minoritaire. Élection($) dans deux ans. Nous verrons le mea culpa de Trudeau, peut-être avec une larme, qui sait, qui voudra nous dire qu’il nous a compris nous les Québécois et les Canadiens. Quoiqu’il en soit, le Canada est divisé et polarisé.

Si Justin Trudeau avait été meilleur en début de mandat, Maxime Bernier aurait été élu chef du Parti conservateur du Canada. Meilleure orateur, populiste, québécois, Maxime Bernier aurait au moins fait contrepoids à l’image rétrograde des Ford et Kenny et aurait été bénéfique pour le PCC le soir du scrutin. Il aurait également mieux argumenté la position sur l’avortement.

Toutefois, si Justin avait été meilleur en début de mandat et que ça s’était poursuivi tout au long de celui-ci, nous l’aurions probablement réélu en 2019, et ce, en toute légitimité. Mais ce n’est pas le cas et pour cela, il restera toujours un doute dans mon esprit qu’un autre chef au PCC aurait donné un résultat bien différent et probablement moins décevant.