«Pour le moment, tous les enfants sont heureux. Heureux de revoir leurs amis [à deux mètres de distance], de revoir leurs enseignants et intervenants [toujours à deux mètres de distance], ce n’est certes pas parfait, car tout le monde est toujours en adaptation dans la situation, mais les commentaires des enfants qui sont les principaux touchés par ce retour sont positifs», écrit Allyson, conjointe d’une enseignante au primaire.
«Pour le moment, tous les enfants sont heureux. Heureux de revoir leurs amis [à deux mètres de distance], de revoir leurs enseignants et intervenants [toujours à deux mètres de distance], ce n’est certes pas parfait, car tout le monde est toujours en adaptation dans la situation, mais les commentaires des enfants qui sont les principaux touchés par ce retour sont positifs», écrit Allyson, conjointe d’une enseignante au primaire.

Un peu d’indulgence pour les profs du primaire

POINT DE VUE / Je vis avec une enseignante du primaire. Une toute fraîche, pas encore grise et épuisée par cet emploi qui la passionne, qui a passé l’année payée à 63% de son salaire alors qu’elle travaillait autant, sinon plus, que tous les enseignants ayant un poste dans son école, car oui, elle est toujours contractuelle.

Aujourd’hui marquait le milieu de sa troisième semaine de reprise d’enseignement suite au confinement. Elle a sa classe de sept élèves, car c’est ce que l’espace du local dans lequel elle est assignée permet. Elle est heureuse, elle revient épuisée de ses journées, mais c’est un bel épuisement. Enfin, elle a ces petites étoiles dans les yeux que je voyais lorsqu’elle a reçu son contrat en août dernier. Par contre, ces petites étoiles se ternissent lorsqu’elle se met au courant de l’actualité et qu’elle voit les articles ou les petites entrevues sur les réseaux sociaux qui rabaissent son métier et les gens du corps enseignant.

On les voit partout ces articles et ces entrevues depuis le début du retour en classe. Encore aujourd’hui c’est Radio-Canada qui publiait une entrevue avec deux mères qui n’ont pas renvoyé leurs enfants à l’école, et qui se plaignent des travaux et des plans de semaines envoyés par les enseignants de leurs enfants. Une dont le fils a des difficultés d’apprentissage et donc qui demande un suivi plus serré. Des articles dans les journaux, des commentaires sur les réseaux sociaux, les parents qui vont rabaisser l’enseignant de leur deuxième enfant auprès de l’enseignant du premier.

Depuis la reprise, le corps enseignant est bombardé de tous les côtés, et ce, continuellement. Sachez, messieurs dames, que les enseignants font leur possible. Ils travaillent plus qu’avant le confinement, ils sont en train de réapprendre leur métier à la dure, avec vos petits devant eux. Ils font comme ce que les travailleurs de pharmacies, épiceries et fonctionnaires ont fait au début de ce confinement. La différence est que dans le cas du personnel enseignant, il apprend avec les enfants qui ne comprennent pas toujours ce que représentent deux mètres de distance, ne devant pas laisser paraître comment il se sent vis-à-vis cette situation incomparable que nous vivons tous, tout en devant bien paraître devant vous, les parents de ces enfants.

En essayant de rendre l’école intéressante, malgré qu’il doive faire de la consolidation d’apprentissage, en apprenant à un enfant, que pour le moment il ne doit apprendre que pour la simple raison d’apprendre, car non, ce n’est pas évalué cette petite boule d’énergie pour le moment. Pourtant, pour le moment, tous les enfants sont heureux. Heureux de revoir leurs amis (à deux mètres de distance), de revoir leurs enseignants et intervenants (toujours à deux mètres de distance), ce n’est certes pas parfait, car tout le monde est toujours en adaptation dans la situation, mais les commentaires des enfants qui sont les principaux touchés par ce retour sont positifs.

Alors, chers parents, rappelez-vous ce que nous disions de ces pharmacies, épiceries et autres commerces, qui se sont aussi retournés sur un dix cents pour continuer de nous servir, au départ ce n’était pas parfait, aujourd’hui il y a toujours une certaine lenteur dans leur service dû aux normes de santé, pourtant nous nous évertuons à les remercier. Pourquoi ne ferions-nous pas pareil avec le corps enseignant qui est en plein dans son virage vers une solution pleinement adaptée à la situation et à ces élèves à l’école et ceux toujours à la maison?

Pour le moment, il se peut effectivement que l’élève à la maison ait moins de suivi que s’il était à l’école, mais je pense qu’il faut peut-être regarder ça d’un autre côté, présentement l’enseignant de votre enfant adapte sa classe et ses interventions avec ses élèves présents physiquement. Il se peut aussi que le plan de travail soit rempli et vous épuise à force d’aider votre enfant tout en télétravaillant, mais si vous désirez que votre enfant commence son année prochaine à jour et avec les notions apprises bien consolidées, ça fait partie du défi que nous vivons de nos jours malheureusement. 

Il se peut aussi que l’enseignant de votre enfant ne fasse pas le même genre de suivi, d’apprentissage ou d’activité que celui de son frère ou de sa sœur, parce que c’est tout simplement un autre humain, qui peut-être était un prof d’arts plastiques ou un orthopédagogue qui a dû, en une semaine, devenir un enseignant de maths, de français et d’univers social, qui, malgré l’aide certaine de ses collègues, a encore de la difficulté à s’adapter à cette réalité qui n’est pas la sienne. Ce n’est pas parfait, mais ces personnes sont présentes pour vos enfants, elles font leur possible pour que les personnes concernées soient le moins impactées par la situation selon leurs compétences, car contrairement à ce que certains semblent penser, ce n’est pas les parents les plus impactés par ce retour en classe, mais bien les élèves, ne l’oublions pas.

Maintenant, je dis ça je ne dis rien, mais pourquoi cette fois-ci n’essaierait-on pas de se mettre dans leurs chaussures également? Le corps enseignant fait désormais partie de ces travailleurs au front avec la clientèle la plus imprévisible, alors je pense que ce corps de métier mérite aussi tous nos remerciements et notre gratitude.

Je m’adresse désormais à vous, vous qui travaillez dans une école : Merci. Merci pour mes frères toujours au primaire, merci pour mes cousins et cousines, merci pour ce que vous faites. Moi qui travaille de la maison, tranquille et entourée de mes chats, qui n’a eu que cette seule adaptation à faire, merci du fond du cœur.