Selon l’auteur de cette lettre d’opinion, les partenariats scientifiques entre le Nord et le Sud révèlent des biais dont les conséquences sont de renforcer la renommée des universités occidentales.

Un partenariat scientifique Nord-Sud inéquitable

De plus en plus, les pays du Sud misent sur les institutions du Nord pour la formation d’hommes et de femmes comme chercheurs susceptibles de relever les défis de développement à travers la recherche.

Pour d’aucuns, cette formation est une opportunité qu’ont les pays en voie de développement de se positionner dans le domaine de la recherche. Pour d’autres par contre, cette perspective est perçue comme un instrument d’inféodation des pays du Sud dans une économie du savoir favorable aux pays du Nord. Le présent article saisit le prétexte de cette controverse pour explorer les biais qui peuvent entourer le «partenariat scientifique» entre le Nord et le Sud.

«Partenariat» : de quoi parle-t-on?

Les objectifs soutenus par la coopération scientifique Nord-Sud sont a priori nobles, entre autres échanger les connaissances et les résultats de recherche, accroître la capacité des institutions à participer à la diffusion de la recherche et à l’échange de connaissances. Dans la rhétorique consacrée, il s’agit le plus souvent de «partenariats», laissant supposer que les parties engagées se partagent les responsabilités, traitent d’égales à égales et en tirent mutuellement des dividendes. Mais qu’en est-il au juste? Quels sont les bons points et les faiblesses des partenariats scientifiques Nord-Sud? Servent-elles aussi les intérêts des pays économiquement faibles?

Les structures de recherche occidentales disposent de nombreux atouts. Elles sont généralement bien équipées : laboratoires de dernière génération, bibliothèques physique et virtuelle de pointe, cadres d’études confortables, etc. Elles exercent ainsi un pouvoir d’attraction sur les chercheurs issus des institutions du Sud dans le cadre des partenariats.

Du partenariat au paternalisme

Dans le jeu des partenariats scientifiques Nord-Sud, quelques remarques se dégagent spontanément :

— Le flux de chercheurs et d’étudiants s’effectue essentiellement du Sud vers le Nord (malgré les conditions peu favorables des structures au Sud, les chercheurs du Nord ne manifestent pas grand intérêt dans le sens inverse).

— Les recherches, même quand elles portent sur le Sud, se réalisent en grande partie dans le Nord (le problème de la proximité sujet/objet de recherche se pose).

— Les résultats des recherches sont publiés dans les revues occidentales considérées «internationales» (marginalisant ainsi les revues du Sud, et polarisant l’excellence académique et scientifique dans Nord).

Des remarques précédentes, je peux déduire que, sous le couvert des partenariats scientifiques, les institutions de recherche du Nord se renforcent au détriment de celles du Sud.

Pour un partenariat gagnant-gagnant

Je propose que quelques pistes de réflexion soient explorées pour réajuster ce déséquilibre et arriver à de véritables partenariats scientifiques. Il pourrait s’agir de revoir la politique de financement des recherches qui s’inscrivent dans le cadre de ces partenariats, de sorte à encourager les équipes en cotutelle Universités du Nord/Universités du Sud. Cela permettrait des séjours d’égales durées de chercheur(e)s dans les institutions engagées. En outre, une telle mesure forcerait l’équipement et la modernisation des structures de recherche dans Sud, limitant par là même le flux à sens unique vers le Nord. Enfin, il serait judicieux de favoriser une visibilité des revues du Sud en y encourageant les publications, et à leur reconnaître aussi une légitimité internationale.

En somme, les partenariats scientifiques entre le Nord et le Sud révèlent des biais dont les conséquences sont de renforcer la renommée des universités occidentales. Il convient dès lors de redéfinir le concept de partenariat en vue de créer dans les pays du Nord des environnements de recherche plus dynamiques, performants, attractifs et jouissants d’une reconnaissance internationale.

Ibrahim Gbetnkom, étudiant au doctorat en psychopédagogie, Université Laval