La politique, intitulée «Ensemble, pour éviter la rue et en sortir», prévoit notamment la construction de 500 unités de logement, comme l'avait annoncé le 20 février le ministre des Finances, Nicolas Marceau, lors du dépôt de son budget 2014-2015.

Un itinérant si proche...

On en a déjà parlé un peu, on en parle encore parfois et l'on en parlera beaucoup plus encore, nous l'espérons. Articles de journaux, reportages, documentaires, vidéos, conférences, témoignages, ateliers de discussions, journées de sensibilisation, programmes spécialisés existants et autres nouveaux: ce ne sont pas les moyens qui manquent pour parler de la maladie mentale.
On en a déjà parlé un peu, on en parle encore parfois et l'on en parlera beaucoup plus encore, nous l'espérons. Articles de journaux, reportages, documentaires, vidéos, conférences, témoignages, ateliers de discussions, journées de sensibilisation, programmes spécialisés existants et autres nouveaux: ce ne sont pas les moyens qui manquent pour parler de la maladie mentale.
Toutefois, c'est un sujet encore difficile, tabou. Comme la mort. Ce que la majorité de la population ne sait pas, c'est que lorsqu'on apprend qu'un membre de notre famille est atteint d'une maladie mentale, c'est un tsunami qui déferle sur nous, sur notre vie. Littéralement. Ça, c'est la première vague. La deuxième vague est non loin derrière: lorsqu'il disparaît, qu'on ne sache plus s'il est mort ou vivant, qu'on signale sa disparition après un certain temps et que finalement, on apprend qu'il est vivant à l'autre bout de la 20, à l'ouest. Dieu merci, «en bonne santé», nous dit-on. Du moins physiquement.
Les mois passent, avec quelquefois des nouvelles... où l'on constate que son état mental est loin de s'être amélioré. La question que l'on se pose alors est: où habite-t-il? Qui fréquente-t-il? On espère qu'il ne soit pas devenu itinérant, mais nous n'en savons rien à défaut de l'avoir vu nous-mêmes, en train de fouiller dans les poubelles pour des bouts de cigarettes, de quêter sur la rue, de dormir sous un viaduc dans un froid à ne pas laisser un chien dehors, de porter ses vêtements sales, d'être ou d'avoir été agressifs et d'avoir commis un ou des gestes irréparables. Nous sommes branchés sur les nouvelles et sommes continuellement sur le qui-vive avec la peur d'entendre sonner à la porte et de voir des policiers venir nous apprendre une mauvaise nouvelle, une très mauvaise nouvelle...
La police est là pour nous aider. Sauf qu'il peut survenir des événements très malheureux que nous déplorons fortement. En général, les personnes atteintes sont de bonnes personnes et leur entourage aussi. Mais si notre proche atteint n'est pas traité comme il se doit pour mille et une raisons et que l'environnement dans lequel il évolue ne sait pas comment interagir avec une personne en crise, comment peut-on arriver à l'aborder et à le protéger contre lui-même et contre autrui? Sans lui faire de mal. Malgré lui. Car il ne sait pas ce qu'il fait, momentanément.
Quel de chemin reste-t-il encore à parcourir? Quand verrons-nous les maladies du cerveau être traitées sur le même pied d'égalité que les maladies physiques? Quand verrons-nous les politiciens se tenir debout, tenir leur bout et aller au bout de leurs convictions pour la mise en place de services essentiels pour ce type de maladies? Nous osons croire que la santé mentale est au coeur de leurs préoccupations.
Un cri du coeur
Monsieur le premier ministre, collègues et autres décideurs, qui prendra enfin le taureau par les cornes pour adopter des mesures concrètes afin d'aider à régler ce problème? Il y a plusieurs équipes, dans le milieu communautaire notamment, qui travaillent pour l'amélioration de la situation des itinérants. Or, une action commune et renforcée de tous les acteurs est essentielle.
Notre message est donc un cri du coeur au nom des familles et amis de personnes atteintes d'une maladie mentale et itinérantes. Et si c'était l'un de vos proches qui était itinérant? Attendriez-vous qu'un policier, qui n'est pas psychologue de formation, mais qui a quand même des connaissances de base dans ce domaine, atteigne votre proche itinérant pour intervenir, ne sachant pas trop comment l'aborder s'il est en crise? Ne vous fiez pas à son apparence: regardez-le dans les yeux et n'oubliez jamais qu'il y a toujours une partie de son cerveau qui reste saine... Qu'il se souviendra de tout après la crise! Et que surtout, surtout, c'est une personne au même titre que nous qui sommes en santé.
À la population en général qui ne côtoie pas de personnes atteintes d'une maladie mentale, fermez les yeux un instant et imaginez que:
- c'est l'un des vôtres (fils, fille, conjoint, conjointe, mère, père, soeur, frère, ami-e) que vous voyez seul, dans la rue, itinérant, avec tout ce que cela comporte
- ou encore un jeune homme qui a été délaissé par le système de santé et que les parents doivent dénoncer
- ou encore une jeune femme en détresse qui enlève un nouveau-né
- ou encore un soldat de retour du combat qui souffre en silence depuis des années et dont la sortie médiatique de la conjointe tente d'éveiller les consciences
- ou encore ce père qui place sa voiture sur une voie ferrée entraînant dans la mort son jeune enfant.
Comment aimeriez-vous qu'il soit traité ?
Des proches concernés: Lyne Ouellet, mère, Renée La Haye, mère, Isabelle Gamache et Pierre Taschereau