Le programme d'aide à la restauration du patrimoine distribuera 187 000 $ par année (561 000 $ pour la période 2013-2015) pour la restauration de maisons ancestrales de l'île d'Orléans. C'est une baisse de 37 % par rapport à la dernière entente.

Un désastre appréhendé

Avons-nous vraiment besoin d'une seule ville à l'île d'Orléans? Y a-t-il de vrais problèmes à régler exigeant qu'il faille changer les structures actuelles? Lorsqu'on écoute ceux qui prétendent que oui, on comprend vite. Le projet Une île, une ville n'est pas issu d'une analyse fine des besoins actuels de l'Île, qui peuvent tous se régler dans la structure actuelle, mais dans les intentions cachées de ceux qui veulent transformer l'Île pour mieux en profiter.
Avons-nous vraiment besoin d'une seule ville à l'île d'Orléans? Y a-t-il de vrais problèmes à régler exigeant qu'il faille changer les structures actuelles? Lorsqu'on écoute ceux qui prétendent que oui, on comprend vite. Le projet Une île, une ville n'est pas issu d'une analyse fine des besoins actuels de l'Île, qui peuvent tous se régler dans la structure actuelle, mais dans les intentions cachées de ceux qui veulent transformer l'Île pour mieux en profiter.
À l'Île, nous avons la chance exceptionnelle de vivre dans six petits villages. Nous croyons que le charme d'un milieu rural, où les rapports de proximité existent encore, vaut mille fois mieux qu'un milieu urbain où tout est fonctionnarisé. Les tenants d'«une île, une ville» croient que la centralisation des pouvoirs, l'établissement de règles uniformes et la standardisation de tous les processus administratifs constitueront une valeur ajoutée à la qualité de vie des citoyens. Mais pour justifier une ville qui n'est pas nécessaire, il faut commencer par inventer de faux problèmes et dépeindre les lieux comme pitoyables. Voici le tableau qu'on nous dépeint.
Une pléthore d'élus
Il y a six municipalités à l'Île avec chacune un maire et six conseillers, donc 42 élus pour une population de quelque 10 000 personnes. En citant le ratio élus-citoyens existant ailleurs, on en déduit que c'est une aberration. Voilà une première déformation bureaucratique. Un conseiller à l'Île gagne en moyenne 5000 $ par année. Chaque conseiller gère une tâche particulière dans son village : la voirie, la culture, les loisirs, l'embellissement, les communications, la sécurité publique, l'urbanisme. Et ces tâches nécessitent des bénévoles : comité de la bibliothèque, comité des loisirs, etc. On trouve donc dans chaque village une trentaine de bénévoles qui gèrent la dynamique de ces lieux.
À l'encontre de cette dynamique sociale rêvée, on oppose des chiffres et on triche avec eux. Par exemple, on clame qu'il y a sept directeurs généraux à l'Île et qu'avec la nouvelle ville, un seul suffira. Autant dire qu'il y a sept «paresseux» qui se tournent les pouces et que par magie un seul individu sera capable de gérer toutes les tâches actuelles. Réduire l'avenir et le bonheur de vivre à l'Île à une simple question mathématique posée hors contexte, cela trahit bien la pensée de ceux qui se forgent des prétextes pour asseoir un pouvoir indésirable.
Tous les conseillers actuels et les quelque 150 individus bénévoles sur l'Île n'ont pas la compétence qu'auraient les experts de la future municipalité, affirme-t-on? C'est faire insulte à l'excellence de ces bénévoles. Une commission d'urbanisme dirigée par un professeur d'architecture, une bibliothèque animée par un retraité de l'Assemblée nationale, un entrepreneur en charge des infrastructures... la future Ville peinera à payer de telles ressources qui, aujourd'hui, ne coûtent rien. Or, les tenants de cette éventuelle ville affirment qu'avec une structure bureaucratisée et fonctionnarisée, tous ces bénévoles répondront docilement à l'appel de fonctionnaires inconnus, sans implication dans leur milieu et inaccessibles les soirs et fins de semaine, alors qu'actuellement les bénévoles sont disponibles et à l'oeuvre.
Absence d'équipements collectifs
Avec un seul maire et son équipe, il n'y aura plus de problèmes à doter l'Île d'équipements collectifs, dit-on? Il est évident qu'un seul maire sera plus facile à convaincre que six lorsque viendra le temps de donner l'autorisation à des promoteurs de densifier l'Île pour faire tourner la future ville. Imputer aux «chicanes de village» le fait qu'il n'y ait pas d'équipements collectifs, c'est oublier que la dynamique existant entre les villages a justement permis l'équilibre actuel entre les visions différentes sur le développement de l'Île.
Une seule réglementation
Les partisans de la future Ville proposent une uniformisation des règlements. Actuellement, certaines municipalités acceptent la construction de condos, ont des normes de densification très généreuses, se sont dotées d'infrastructures onéreuses. Une seule réglementation va-t-elle imposer les mêmes normes à toute l'Île?
La future Ville est dessinée mur à mur pour faciliter la tâche d'éventuels promoteurs et détruire la vie rurale qui en fait son charme et sa raison d'être. Qui veut d'une telle catastrophe?
Bernard Dagenais, ex-maire de Sainte-Pétronille