Dwight D. Eisenhower, 34e président des États-Unis

Un conseil d'Eisenhower au président Trump

Il n'est guère aisé de démystifier l'écheveau des jeux de pouvoirs façonnant les rapports entre les puissances. En ce qui concerne la diplomatie américaine, la marge est mince entre l'exact et l'inexact parmi les conjectures multiples et parfois contradictoires des spécialistes en relations internationales. Les effets à long terme des orientations prises par l'administration Trump lors des derniers mois laissent de surcroît songeurs.
S'il ne dispose d'aucune pensée claire - et même cohérente - il est manifeste que le 45e président aspire à redorer le blason des États-Unis, à restituer leur prestige d'antan. 
Rien n'est pourtant prometteur au regard de ses 100 premiers jours. Au sens de certains universitaires, un ordre tripolaire régenté par les États-Unis, la Russie et la Chine s'articule indubitablement alors que d'autres envisagent sous la présidence Trump une accélération du processus d'«Easternization», soit la translation en direction de l'Asie des forces économiques et politiques. 
Le déclin relatif de l'État américain et l'accroissement probable des conflits internationaux risquent d'inciter l'actuel président à multiplier les actions spectaculaires à l'étranger. 
La politique du Yémen ou de la Syrie de Washington montre en plus que les États-Unis continuent de «[...] se concentrer sur les manifestations les plus paroxystiques» (Pierre Melandri, Histoire des États-Unis contemporains) de la menace terroriste, au détriment de stratégies globales susceptibles de restaurer l'ordre et la prospérité dans la région moyen-orientale. 
Nous devrions dans le présent contexte remémorer à l'esprit de Donald Trump l'allocution du 17 janvier 1961 de Dwight D. Eisenhower, telle une mise en garde contre la croissance du complexe militaro-industriel - en admettant qu'il connaît ce pan de l'histoire américaine : «Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques».
Quoique prononcé au sein d'un contexte profondément dissemblable à notre contemporanéité, l'allocution de fin de mandat du président Eisenhower peint intelligiblement les dangers que représente envers l'expérience démocratique nationale le maintien d'un état de guerre perpétuel, ainsi qu'un recours à outrance de l'appareil militaire.
Le passage de l'auteur parmi les forces armées, de même que le défilement du temps, a crédibilisé son discours. Celui-ci demeure d'actualité puisqu'il rappelle qu'un renforcement continu et disproportionné de la branche militaire édifie pour une société un objectif non viable. 
Aujourd'hui, au même titre qu'hier, ce sont des décisions mesurées qu'il importe à nos voisins du sud de préconiser au sein de leurs sphères étatiques. Le 34e président américain le comprit à l'heure de sa gouvernance (1953-1961) : «Chaque proposition doit être pesée à la lumière d'une considération plus large : la nécessité de maintenir l'équilibre entre les différents programmes nationaux et à l'intérieur de chacun d'entre eux, de maintenir l'équilibre entre économie publique et économie privée, l'équilibre entre le coût et le gain espéré, le clairement nécessaire et le confortablement souhaitable [...]». 
L'histoire ne se répète jamais. Nous commettrions néanmoins une erreur en concluant que les fantômes du passé n'ont aucun enseignement à transmettre. Entretenons l'espoir que cette leçon atteigne le bureau ovale. Des décisions conséquentes au passé, importantes ou minimes, suivront. 
Gabriel Poirier, Montréal