Un Conseil de presse à vocation pédagogique populaire

Il est coutumier de rencontrer une personne dont l’opinion a été confrontée par le traitement journalistique d’une information d’actualité ou par un commentaire de presse qui oscille entre son désaccord et son indignation.

Elle s’estime toujours en droit de s’en plaindre. Si un organisme peut lui permettre de le faire formellement, elle ne s’en privera pas. Au Québec, un tel organisme de sollicitation et d’entretien de la grogne anti-journalistique existe depuis belle lurette : c’est le Conseil de presse. Il fonctionne selon un concept antagoniste : la plainte. Il pourrait alors l’analyser puis l’orienter au profit d’une explication des règles professionnelles du journalisme qui s’appliquent dans les cas, spécifiques et particuliers, qu’il doit examiner. Car le principal défaut du fonctionnement du Conseil de presse provient du fait qu’il agit comme redresseur de tort plutôt qu’à titre d’éducateur du grand public du journalisme.

Dans une perspective d’éducation populaire du journalisme, le Conseil de presse constaterait désormais que cette pratique de communication publique, pour être reconnue à titre professionnelle, doit avoir le monopole de l’identification et de la rectification de ses lacunes et de ses erreurs d’information. Tout en sachant que ce monopole professionnel ne peut s’exercer sans que cette pratique fasse aussi l’objet de la critique, autant douce que virulente, du public. Comment alors réformer son fonctionnement? 

En tout premier lieu, s’il fallait conserver son rôle actuel, renoncer aux «chinoiseries» de procédure des plaintes. Une plainte est une plainte; on en tient compte et on y répond. Point à la ligne. Deuxièmement, s’il s’agissait de repenser radicalement son action, le Conseil devrait faire la promotion de l’existence dans chaque média d’un «éducateur de presse» ou d’une «éducatrice de presse» qui pourrait être choisi parmi son personnel le plus expérimenté et dont le rôle consisterait à expliquer le journalisme au grand public, particulièrement à la suite de plaintes reçues concernant l’édition et le traitement de ses informations publiques. Il se convertirait alors en Conseil de presse voué à l’éducation populaire sur le journalisme tout en agissant comme centre de réflexion, de coordination et de recherche sur cette nouvelle pédagogie populaire au sein même de la pratique du journalisme au Québec.  

La création du Conseil de presse du Québec (CPQ) a été jadis inspirée par l’existence du Conseil de presse britannique. Ce dernier a disparu. Le CPQ fut en son temps une heureuse initiative. Aujourd’hui, la pratique du journalisme au Québec est heureusement en processus de professionnalisation, spécifiquement en raison de décisions judiciaires des dernières années et en vertu de celles à venir. En accompagnant cette consolidation professionnelle, il faut reconnaître aux professionnels du journalisme au Québec le droit et le devoir d’expliquer eux-mêmes le journalisme au grand public. Au New York Times, par exemple, la disparition de la fonction du «Public Editor» a confié aux praticiens en exercice, coordonnés par un Reader Center, le rôle de répondre aux questions, aux objections et aux plaintes du public en fonction de leur spécialité. Au Québec, les plaintes à l’endroit des médias deviendront des occasions d’expliquer le journalisme au grand public plutôt que d’être, à l’exemple de la situation d’aujourd’hui à laquelle participe le CPQ, des instruments d’alimentation populiste de la grogne anti-journalistique.

Jacques Rivet Ph.D., professeur titulaire, Département d’information et de communication, Université Laval