Presque le quart des musulmans du Canada sont installés dans la province du Québec, soit quelque 350 000 personnes, en majorité originaires du Maghreb.

Un cimetière, pour se faire un nid au Québec

Les cimetières au Québec ne relèvent pas du domaine public. C'est un patrimoine privé que se partagent quelques acteurs et quelques institutions confessionnelles, et l'action de l'État n'exerce qu'une influence indirecte à travers l'outil de réglementation du zonage. Les collectivités publiques étant avares en matière de zonage funéraire, car peu lucratif en ressources fiscales, contribuent à la raréfaction des cimetières.
Presque le quart des musulmans du Canada sont installés dans la province du Québec, soit quelque 350 000 personnes, en majorité originaires du Maghreb. Ils comptent 45 % de femmes contre 55 % d'hommes. Ils sont fortement scolarisés; plus de 45 % détiennent un diplôme universitaire. Ils sont majoritairement francophones; plus de 80 % maîtrisent la langue française. Ils sont d'installation récente, depuis la fin des années 80. Ils comptent une grande proportion de jeunes, soit 45 %.
La communauté d'installation récente fait ses premiers pas au Québec. Elle fait face à certains défis qu'elle doit relever quant à son intégration dans l'harmonie; mais aussi à mourir dans la dignité. Elle appréhende la mort comme tous, mais elle est surtout coupée de son milieu d'origine et de l'effet de solidarité que la collectivité lui offrait.
Il se trouve qu'en l'absence de ressources, les membres de la communauté n'avaient guère le choix que de se faire enterrer dans leurs pays d'origine. Toutefois, de plus en plus de membres de la communauté manifestent la volonté de laisser pousser des racines dans le pays d'accueil et désirent se faire enterrer au Québec. Mais, il y a encore beaucoup de contraintes qui rendent cela difficile, et à leur tête vient l'absence de cimetières et de lieux d'enterrement.
Depuis les années 1990, les musulmans du Québec ne disposent que de deux cimetières confessionnels presque saturés, un sunnite et l'autre chiite, tous les deux à Laval. Récemment, trois carrés ont été réservés aux musulmans dans des cimetières non confessionnels, à Saint-Hubert, Dollard-des-Ormeaux et à Laval. En plus des organismes de supervision déjà en place, un nouvel acteur fait surface.
L'ASMQ, l'Association de la sépulture musulmane du Québec, installée depuis 2015, se donne pour rôle de venir en aide aux membres de la communauté dans le deuil, de les soutenir lors du décès d'un des leurs, de les accompagner dans le processus d'enterrement, de les accompagner dans le deuil et de soutenir financièrement les plus démunis pour financer les coûts d'enterrement, et d'une façon générale de contribuer à trouver des solutions aux nombreux enjeux et problèmes, dont: la recherche de lieux d'enterrement et la réalisation d'ententes avec les acteurs de l'industrie funéraire. L'ASMQ tire sa crédibilité de sa neutralité totale, de l'esprit d'ouverture qui l'anime et de la seule vocation qu'elle affiche: soutenir les musulmans du Québec, à vivre dans l'harmonie et mourir dans la dignité.
Les musulmans du Québec font leur nid tranquillement au sein de la société québécoise. Ils endurent toutefois beaucoup de rudes épreuves ces dernières décennies, qui les placent souvent au centre des manoeuvres politiciennes et partisanes et des campagnes médiatiques.
Les musulmans silencieux du Québec manifestent une volonté ferme d'assumer leur identité et de vivre en harmonie leur citoyenneté, dans la convivialité, le respect et l'équité. Ils ont besoin que leur message soit compris et que la peur injustifiée qu'ils inspirent chez certains cesse, et que le bruit provoqué par les chasseurs de gains politiques sur leur dos de tout bord cesse aussi.
Dr Brahim Benyoucef, Laval