Jeudi, un béluga qui avait adopté la rivière Népisiguit, au Nouveau-Brunswick, été transporté par avion jusqu'à Rivière-du-Loup, jeudi, avant d'être libéré dans le fleuve Saint-Laurent.

Un béluga de l'Isle-aux-Coudres à New York

Étant originaire de l'Isle-aux-Coudres (là-bas, on nous surnomme les Marsouins), je trouve admirable les efforts des gens qui ont tiré d'embarras un jeune béluga pris au piège dans une rivière du Nouveau-Brunswick. Mais mes ancêtres insulaires comme Alexis Tremblay, le Père Abel et Grand-Louis chez Joseph de l'Anse devaient sourire en entendant experts et journalistes parler d'un transport «sans précédent».
S'ils étaient encore de ce monde, ils vous raconteraient qu'au début des années 60, aux fins d'un film du grand réalisateur Pierre Perreault, ils ont capturé un béluga avant de le conduire, par voie terrestre, jusqu'à l'aquarium de New York, où il a vécu de longues et belles années.
Pour l'histoire, mentionnons que le film Pour la suite du monde s'est retrouvé en compétition officielle au Festival de Cannes en 1963 et qu'il est considéré comme le huitième meilleur film de l'histoire canadienne du cinéma.
Sans grands moyens techniques autres que leur courage et la force de leur bras, mes ancêtres ont transporté le marsouin vers l'Isle avec un canot (rassurons ici la PETA : tout s'est fait sans violence). Ils ont ensuite pris soin de lui et assuré sa survie durant plusieurs semaines dans le lac chez Raoul Desgagnés.
Il a fallu ensuite trouver une façon de transporter celui que l'on appelait Blanchon vers la Grosse Pomme. Un bassin a été aménagé dans la boîte du camion de Paul Tremblay. En compagnie de son père Alexis, le camionneur a pris le traversier, gravi la côte des Éboulements, puis a emprunté la dangereuse route 138 à deux voies du temps avant de poursuivre son chemin jusqu'à New York. J'essaie d'imaginer comment Paul Tremblay a pu expliquer aux douaniers américains qu'il traversait la frontière avec un marsouin dans la boîte de son truck.
Avant de quitter les États-Unis, Paul qui tentait du mieux qu'il pouvait de se faire comprendre par les employés de l'aquarium a eu cette savoureuse réplique : «Nous parler de vous à l'Isle-aux-Coudres, vous parler de nous à New York».
Mon propos n'est pas une remontrance pour ceux qui n'ont pas vécu l'époque ou qui l'ont oubliée. Il vise juste à rappeler comment les gens qui nous ont précédés ont réalisé de grandes choses, avec moins de connaissances, peut-être, mais avec un instinct de survie tellement plus développé que le nôtre. Ils nous diraient certainement qu'il faut prendre grand soin des marsouins qu'ils aimaient voir nager près de l'Isle, mais que ces belles bêtes sont aussi résilientes qu'ils l'étaient eux-mêmes.
Alexis, Père Abel et Grand-Louis, j'espère devenir, un jour, aussi sage et intéressant à écouter parler que vous l'avez été.
Un Marsouin qui s'ennuie souvent de son troupeau...
Réjean Bergeron, Québec