L'auteure se demande s'il ne serait pas plus cohérent d'investir les 22 millions $ à la rénovation du Marché du Vieux-Port et aider tous les commerces déjà implantés dans leur quartier respectif en réduisant les taxes commerciales, plutôt que de créer un seul pôle d'attraction qui viendra les affaiblir en leur faisant compétition.

Un autre centre commercial?

Les idées de grandeur de notre maire Labeaume lui font souvent perdre de vue l'essentiel : la réalité et l'opinion publique. J'aimerais savoir qui va vraiment bénéficier du déménagement du Marché du Vieux-Port, car d'après un sondage effectué pour la Coopérative des Horticulteurs de Québec, 61 % des gens sondés sont plutôt défavorables à ce déménagement.
Donc, seulement 39 % sont plutôt favorables, et on ne les entend pas se manifester! Ce que je vois, ce sont des rues commerçantes comme la 3e Avenue, les rues Saint-Joseph et Maguire qui travaillent d'arrache-pied pour se redynamiser et créer une vie de quartier; une rue Saint-Jean tristounette et décrépie avec ses trottoirs craqués où un local sur quatre est vacant; la furie des citoyens du Vieux-Port qui vont perdre leur garde-manger et se retrouver dans un désert alimentaire; tous les commerces à proximité du marché actuel qui vont perdre LE pôle d'attraction principal de leur quartier et envisagent des baisses d'achalandage significatives; les marchands du Marché qui devront investir gros pour repartir à zéro; sans oublier tous les marchands de la rue Soumande qui vont subventionner à même leurs taxes un centre commercial qui viendra leur faire compétition directement dans leur cour.
Monsieur Labeaume insiste sur le fait qu'il faille faire attention et respecter les restaurateurs dans le dossier des food trucks, car ils sont des payeurs de taxes; pourquoi ne voue-t-il pas le même respect à tous les commerçants qui seront grandement affectés par ce déménagement? Et les inviter à participer au projet est un flagrant manque de respect!
Je viens d'énumérer beaucoup de gens mécontents et très inquiets de ce projet. À l'ère du commerce de proximité, ne serait-il pas plus cohérent d'investir les 22 millions $ à la rénovation du Marché et à aider tous les commerces déjà implantés dans leur quartier respectif en réduisant les taxes commerciales, plutôt que de créer un seul pôle d'attraction qui viendra les affaiblir en leur faisant compétition?
Avons-nous vraiment besoin d'un marché trois fois plus gros avec trois fois plus de produits, alors que «les marchands permanents du marché actuel mangent leurs bas tout l'hiver» (Journal de Québec, 30 juin 2016)?
Natalie Audet, L'Ère du Vrac, Halles Fleur de Lys