Un an pour une cataracte?

Lettre ouverte au ministre de la Santé du Québec, Monsieur Gaétan Barrette
J'habite depuis quelques années à Saint-Malachie, magnifique village de 1500 âmes perché sur les contreforts des Appalaches, au coeur de la région de Bellechasse. Inutile de dire qu'il n'est pas question ici de transport en commun, de guerre des taxis ou autres moyens de transport alternatifs. Nous sommes au royaume de l'automobile, j'aurais pu dire du pick-up, chaque course, chaque besoin, nécessitant un déplacement de 10 à 30 km.
Il y a quelques mois, mon voisin, bientôt âgé de 90 ans et de famille irlandaise, ces fiers contributeurs à la fondation de notre région, s'est vu retirer son permis de conduire par la SAAQ. La cause : vision diminuée par une cataracte! 
Malgré ses 90 ans, mon voisin n'est pas un oisif en attente de fin de vie; il entretient sa maison et son terrain, il est aussi marguillier, s'occupe des accès à l'église, des cloches, de l'entretien et de l'accès au cimetière catholique du village. Il est un actif dans la communauté. 
Le retrait de son permis de conduire est un drame, il lui a coupé les ailes! À cause d'une cataracte pour laquelle il attend une intervention chirurgicale depuis un an dans quelques jours.
Un an pour une cataracte, Monsieur le ministre. Les temps d'attente augmentent-ils avec le temps? Je ne pense pas. Nous avons donc la capacité de traiter tous les besoins. D'où vient donc ce retard à prendre en charge nos patients? Je me demande s'il ne s'agit pas d'une cause technocratique, vous savez, de l'application des techniques de génie industriel : liste, ordinateur, date, salle d'opération, médecin, etc. Un robot gèrerait-il notre système de santé?
Demandez à un résident issu d'un des pays d'Europe ce qui le ferait nous quitter : la crainte à sa retraite, à l'âge de sa vieillesse, de ne pas être bien soigné! 
Et ce ne serait pas pour une question de compétence, de qualité de la médecine ou des établissements de santé, ce serait pour une question de prise en charge, de crainte de devoir attendre un an pour régler une cataracte, une intervention mineure d'une demi-heure, qui vous empêche de continuer de vivre.
Il faut vraiment retourner à nos devoirs, Monsieur le ministre. Et redéfinir la façon d'administrer la santé.
Jean-Pierre Delwasse, Saint-Malachie