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L'auteur se questionne si le retour à la normale signifiera une amélioration des conditions de vie pour les personnes en situation de pauvreté. 
L'auteur se questionne si le retour à la normale signifiera une amélioration des conditions de vie pour les personnes en situation de pauvreté. 

Un an de pandémie: quelle lumière au bout du tunnel?

Serge Petitclerc
Serge Petitclerc
Porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté
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POINT DE VUE / «On voit enfin la lumière au bout du tunnel.» Voilà une des expressions favorites du premier ministre François Legault depuis un an. Ces jours-ci, avec l’accélération de la vaccination et l’arrivée du beau temps, il est permis de croire que, cette fois, la lumière est vraiment en vue.

Pour beaucoup de monde, cela est synonyme du retour des soupers entre amis/es, des sorties au restaurant ou au cinéma, des activités sportives et culturelles, des saucettes au spa, des voyages dans le Sud.

Mais pour les personnes en situation de pauvreté, pour qui ces petits luxes sont souvent inaccessibles, qu’est-ce qui a vraiment changé avec la pandémie? Et à quoi ressemblera le «retour à la normale»?

Ces personnes ont été particulièrement affectées par la crise, notamment parce que la grande majorité n’était pas admissible aux différents programmes d’aide financière des deux paliers de gouvernement.

Ce qu’elles ont perdu, c’est l’accès à un groupe communautaire, la possibilité de rapporter les contenants consignés, le coup de pouce des proches qui ne peuvent plus venir les visiter, l’emploi à temps partiel qui leur permettait d’arrondir leurs fins de mois. Et comme tout le monde, elles ont dû payer plus cher certains aliments, ajouter des frais de livraison, s’acheter des masques, etc.

Ces personnes, ce n’est pas dans le gras – dans les petits luxes – qu’elles ont dû couper, mais dans l’essentiel; l’essentiel qui leur faisait déjà défaut avant la crise. Il n’est pas anodin que 8% de la population québécoise affirme avoir vécu de l’insécurité alimentaire sévère dans la dernière année, se privant souvent de manger pendant des journées entières.

Le mouvement communautaire et les trois partis d’opposition ont multiplié les appels à une aide d’urgence pour les personnes en situation de pauvreté. Le ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a bien été obligé de reconnaître que les besoins des personnes à faible revenu avaient été «accentués par le contexte pandémique».

Pourtant, quelle a été la réponse du gouvernement du Québec devant tous ces appels à l’aide, devant l’augmentation évidente de la détresse de ces gens?

Il a refusé de leur accorder la moindre aide financière supplémentaire.

Dès le départ, il s’est déchargé de ses responsabilités en multipliant les appels au bénévolat et à la charité. Pour essayer de limiter un peu les dégâts, il s’en est essentiellement remis aux banques alimentaires et aux groupes communautaires.

Aux personnes assistées sociales, il n’a rien eu de mieux à offrir qu’un moratoire sur le recouvrement des dettes… qu’il s’est empressé de contourner à la première occasion.

Il est difficile d’imaginer comment le gouvernement aurait pu en faire moins pour aider les personnes en situation de pauvreté à traverser la crise.

Pour elles, il n’y a rien de nouveau dans le fait d’être abandonnées à leur sort par le gouvernement. Elles le sont à longueur d’année. Ce qui est nouveau, c’est qu’elles savent maintenant que même dans une situation aussi exceptionnelle qu’une pandémie mondiale, le gouvernement peut se permettre de les laisser tomber.

Ainsi, il n’y a pas vraiment de lumière au bout du tunnel pour elles ces jours-ci. Le «retour à la normale», ce n’est rien de plus que la promesse de demeurer dans l’angle mort du gouvernement.