Un affront linguistique

Comment peut-on expliquer que dans le match de la Coupe Vanier, le commentateur du PEPS s’adresse d’abord aux quelque 10% de spectateurs de langue anglaise dans les gradins et après, quand le temps le permet, aux 90% de langue française?

Samedi dernier, encore une fois, j’ai ressenti la fierté de voir le Rouge et Or, appartenant à la minorité francophone universitaire canadienne, s’imposer en tant que dynastie du football. La victoire est d’autant agréable qu’avant l’arrivée du Rouge et Or, les universités francophones n’étaient jamais prises au sérieux dans ce sport vu comme appartenant à l’ADN des Anglais.

Malheureusement, tout au long du match, des moments d’indignation côtoyaient la fierté. Pour des raisons que je ne saurais expliquer autrement que par le syndrome du colonisé, le commentateur s’adressait plus souvent à la foule en anglais qu’en français et priorisait l’anglais pour débuter. 

Ça donnait l’impression que le commentaire sur le jeu se faisait d’abord en anglais et quand il restait du temps, on y allait en français. Même pour le tirage du moitié-moitié, plus de détails sur le comment et où réclamer le prix ont été donnés en anglais qu’en français. C’est qui, vous pensez, qui a acheté le plus de billets pour le moitié-moitié?

Il faut savoir que le match se déroule à Québec, la ville la plus française en Amérique, l’équipe-hôte appartient au plus ancien établissement d’enseignement supérieur francophone en Amérique, l’assistance est très largement constituée de francophones. Le tout, à un moment où le gouvernement ontarien désavoue la francophonie ontarienne et les études universitaires en français. Pourquoi une telle déférence dans un tel contexte, je ne me l’explique pas? N’y avait-il pas à ce match plus que les éléments nécessaires pour que la priorité soit donnée au français? 

Quand le Rouge et Or joue en Ontario, est-ce que le commentateur donne priorité au français? J’en doute.

J’ai cru comprendre que la Rectrice de l’Université Laval a assisté au match, j’espère qu’elle a vécu un malaise semblable au mien et qu’elle se fera un devoir de rappeler aux personnes concernées la mission et les valeurs de l’institution qu’elles représentent.

Pour terminer avec une expression de football, si une institution comme l’Université Laval met un genou par terre dans le dossier de la défense du fait français, qui d’autre pourra en faire la défense?

Marie Lamontagne 

Alma