Gilbert Sicotte

Tyrannique, mais humain

En réaction au texte «Gilbert Sicotte perd son emploi», paru le 28 février

C’est avec des sentiments partagés que j’ai appris le licenciement de Gilbert Sicotte comme enseignant au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Non, je ne cautionne aucunement la gravité des conséquences psychologiques inhérentes à ses méthodes de travail. Or, toutes proportions gardées, si l’on se base sur ce seul critère, il y aurait eu une éternité que feu Paul Buissonneau aurait perdu son boulot à l’École nationale de théâtre du Canada, surtout avec son côté fort en gueule.

Mais pour lui, c’était une façon de séparer le bon grain de l’ivraie pour démontrer que ceux qui ne pouvaient plus supporter ses hurlements et quittaient les répétitions en larmes affichaient des carences entre les deux oreilles, alors que ceux qui restaient étaient des vrais de vrais. Et à ce chapitre, d’aucuns ne contestent que M. Sicotte faisait figure de petit chiot innocent et sans malices à côté d’un Buissonneau tyrannique criant à qui mieux mieux.

J’ai déjà eu un professeur et metteur en scène, Luis Thénon, qui s’était également forgé une réputation de pur et dur... au détail près qu’il accordait une grande importance à une forme de convention, qui était en fait la limite à ne pas franchir, contrairement aux Buissonneau et autres Sicotte de ce monde.

Je me souviendrai toujours d’un exercice de mise en situation de violence fictive entre dominant et dominé, alors que Luis avait entamé le mouvement brusque de m’agripper solidement par les épaules et de plonger les éclairs de son regard marron dans le mien. Puis en l’espace d’à peine deux secondes, son masque d’être humain juste et équitable est retombé, alors qu’il m’avait demandé : «Ça va, Luc?». Je lui ai répondu : «Ça va... mais tu m’as fait une de ces peurs!». Enfin, ce fut avec des yeux plus conciliants qu’il m’a rassuré muettement, comme pour me dire : «Moi aussi, j’ai eu peur de ta réaction!». Et à partir de là, nous sommes redevenus civilisés.

Donc, si j’avais un conseil à formuler aux profs qui marcheraient sur des œufs suite au congédiement de M. Sicotte, ce serait celui-ci : n’ayez crainte de vous comporter en tyran avec vos étudiants... mais en même temps, insistez sur une forme de convention dans les simulations de violence, dans le but de bien tracer la ligne.

Luc J. Vigneault
Québec