Justin Trudeau

Trudeau aime-t-il vraiment le parlement?

Où était Monsieur Trudeau ces deux dernières semaines? À la Chambre des communes en train de défendre son budget et de répondre aux critiques de l'opposition? Non, le premier ministre faisait campagne lors des élections partielles, faisant fi de la règle non écrite qui veut qu'un premier ministre ne se mêle pas directement des élections partielles.
Déserter le parlement et ses règles est-il un comportement exceptionnel chez M. Trudeau? Au contraire, cette désertion du débat en chambre lors de la période des questions est chez lui une vieille habitude qui pourrait bientôt être consacrée, par la majorité libérale, comme nouvelle règle du parlement.
Une semaine avant son élection, en entrevue au Huffington Post, Justin Trudeau refusait déjà de garantir qu'il passerait «plus d'une journée par semaine à répondre aux questions à la Chambre des communes s'il devenait premier ministre» (Huffington Post Québec, 14 octobre 2015). «Les Canadiens sont davantage préoccupés par l'emploi que par la période des questions», avait-il ajouté.
Chef de parti dans l'opposition, la période des questions n'était pour lui que quantité négligeable. Justin Trudeau n'a été présent, selon l'agence QMI, qu'à 47 des 127 périodes de questions de l'année 2014, soit 41% de la totalité des périodes. À sa défense, les libéraux avaient rétorqué que pendant que le chef du NPD posait cinq questions en Chambre, leur chef rencontrait des centaines d'étudiants et qu'il fallait laisser les adversaires se concentrer sur le «cirque politique» (Le Devoir, 10 mai 2014).
Une parade populiste et méprisante de la démocratie représentative et des débats parlementaires. Arrivé au pouvoir, le premier ministre élu s'était toutefois empressé de rappeler à ses ministres leur importante responsabilité: «Dans notre système, la forme la plus importante de responsabilisation démocratique est le forum qu'offre le parlement. [...]. Vous devez donc être présents au parlement pour répondre avec honnêteté et exactitude aux questions concernant vos secteurs de responsabilité.»  Mais lui-même va faire fi de ses propres prescriptions. Fidèle à son habitude, il va rater 69 des 118 périodes de questions tenues entre le 7 décembre 2015 et le 3 décembre 2016, et pas toujours pour des rendez-vous d'importance, manquant même des semaines complètes.
Une question par semaine
Sous prétexte de moderniser le parlement, voilà maintenant que le gouvernement libéral, fort de sa majorité, veut modifier les règles parlementaires et permettre entre autres au premier ministre de ne répondre qu'à une seule période de questions par semaine. La leader en chambre du gouvernement, Bardish Chagger, a même refusé encore jeudi dernier de s'engager à n'appliquer que les réformes qui obtiendraient un appui unanime, braquant ainsi l'opposition qui craint, à raison, que la majorité libérale n'impose sa vision unilatéralement. Les modifications de procédure n'ont en effet besoin pour entrer en vigueur que de l'adoption en chambre d'un rapport favorable aux nouvelles règles.
Alors que la reddition de comptes et l'ouverture tant promises par M. Trudeau en campagne électorale sont sérieusement mises à mal, les citoyens canadiens devront, eux, assumer les frais du voyage privé du premier ministre dans des îles lointaines et difficiles d'accès chez son ami l'Aga Khan. Une facture de 127 000 $ dont M. Trudeau ne remboursera que 4895,94 $. Un transport hors du commun pour le Prince en hélico, et une odieuse abolition du crédit d'impôt pour les manants des transports en commun.
Romain Gagné, Québec