Le public doit se sentir en confiance face à celles et ceux qui exercent le travail social comme profession.

Travail social: ordre professionnel et protection du public

OPINION / Dans l’édition du 20 février 2019 du quotidien Le Droit, nous apprenions qu’un ex-travailleur social du Centre intégré de santé et des services sociauxde l’Outaouais (CISSSO), Marc Potvin, a été condamné à une peine de prison de 90 jours pour attouchements sexuels sur une personne mineure. Cette personne reconnue coupable par le système de justice criminel verra, en plus de sa peine de prison et d’une amende, son nom inscrit au registre des délinquants sexuels du Canada pour une période de 10 ans.

Si la sentence en soi soulève plusieurs questions, nous aimerions attirer l’attention sur la réaction de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ, ci-après l’Ordre) face à cette situation. À cet égard, comme les gestes du coupable ont eu lieu dans le cadre de ses fonctions de travailleur social, l’Ordre a pris la décision de radier ce dernier pour une période de cinq ans. Ainsi, la radiation prendra fin avant que son nom soit retiré du registre, ce qui signifie qu’il pourra techniquement réintégrer son ordre professionnel et s’afficher en tant que travailleur social alors que légalement, il sera encore reconnu comme délinquant sexuel.

Dans ces circonstances, nous croyons que le message envoyé par l’Ordre va à l’encontre de son mandat principal qui est la protection du public. Nous aimerions rappeler que, dans la majorité des situations, les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux accompagnent des personnes en situation de vulnérabilité dans leur pratique quotidienne. De plus, ces professionnels œuvrent régulièrement en contexte non volontaire, alimentant ainsi une perception souvent négative auprès de la population ou d’une partie de celle-ci. Le public doit donc se sentir en confiance face à celles et ceux qui exercent cette profession. C’est dans ce contexte que nous croyons que l’Ordre a manqué à ses obligations, en imposant une sanction clémente à un de ses membres dans une situation pourtant très grave.

L’Ordre se doit pourtant de se montrer intransigeant dans son mandat, de manière à assurer la protection du public, tout en faisant la promotion de la profession. Pour se faire, nous considérons que l’Ordre doit envoyer un message clair à l’effet que porter le titre de travailleuse sociale ou de travailleur social est garant des plus hauts standards professionnels, c’est-à-dire que ses membres sont compétents et intègres et que la population est, selon les informations disponibles, en sécurité et prémunie des risques prévisibles.

Dans le cas mentionné ici, nous sommes profondément inquiets de constater que l’Ordre considère que, dans cinq ans, il sera possible de réintégrer un membre qui sera inscrit au registre des délinquants sexuels et qui, par le passé, a été reconnu coupable d’attouchements sexuels sur un mineur qu’il accompagnait.

Comme société, serions-nous en confiance de savoir que cet homme puisse travailler auprès de personnes en contexte de vulnérabilité? Serions-nous à l’aise de lui confier nos enfants? Compte tenu de ces circonstances, nous aimerions demander formellement à l’Ordre de reconsidérer sa décision. Des gestes d’une gravité aussi importante méritent, à notre avis, une sanction plus sévère. Il en va de la confiance de la population envers les travailleuses et travailleurs sociaux, mais surtout, de la protection du public.

Martin Chartrand,

Doctorant en service social,

École de service social,

Université d’Ottawa

Isabelle Côté,

Professeure adjointe,

École de service social,

Université Laurentienne