Il fut un temps où le maire de Lévis soutenait que grâce au SRB « le transport collectif de Lévis va passer de l'âge de pierre à l'âge moderne.»

Transporter les passagers, mais aussi transformer la ville

À l'approche des élections municipales, le système SRB prévu est devenu un véritable souffre-douleur. Il ne s'écoule pas une semaine sans qu'on le critique, parfois venant de sources parmi les plus inattendues. Coût, tracé, efficacité relative, impacts urbains méconnus, mauvaise priorité. Tout y passe. La frénésie et la démagogie électorales risquent de le mettre en péril. Espérons que ce ne sera pas le cas, même si personnellement je continue de penser qu'un réseau de tramways aurait mieux convenu au problème de Québec et aurait mieux rencontré ses besoins d'avenir. Cela aurait été un meilleur investissement à long terme.
Plus un système de transport en commun est dit «lourd», plus il est structurant, plus il entraîne une réorganisation de la trame urbaine, plus il facilite la densification, plus il permet le redéveloppement des zones urbaines jugées transformables; un métro plus qu'un SLR, ce dernier plus qu'un réseau de tramways, un SRB encore un peu moins, et un simple réseau d'autobus comme on le connaît actuellement se retrouvant au bas de l'échelle. De fait, l'ampleur de l'impact et l'efficience du système résident dans sa capacité et dans la permanence de son ancrage dans la trame urbaine.
C'est en misant sur cette capacité de transformation, et pas seulement sur le volume de passagers transportés, que j'ai toujours appuyé le tracé Charest plutôt qu'un tracé à la haute ville, d'ailleurs déjà bien desservie par des lignes de métrobus efficaces. Cette partie haute de la ville peut être identifiée parmi les moins transformables du tissu urbain de Québec; son cadre hautement historique et sa densité actuelle en font une zone urbaine stable et presque intouchable.
Par contre, le long du tracé Charest, tant à Saint-Roch, qu'à Saint-Sauveur et dans sa partie ouest jusqu'à Sainte-Foy, existent des zones qui mériteraient de se densifier même à court terme, certaines plus doucement, plusieurs plus considérablement. On peut ici «reconstruire la ville sur la ville» comme le dit l'expression utilisée par les spécialistes de l'urbain. Le segment du parc industriel Saint-Malo n'est-il pas vieillissant et désolant, lui qui se situe en plein coeur de la ville. La partie du parc industriel Jean-Talon concernée ne souffre-t-elle pas d'une trop faible densité, si on la compare avec des zones d'affaires nouvelles pourtant plus éloignées? 
Bien sûr cela va prendre quelques décennies, mais il faut pouvoir commencer la transformation maintenant. Attendre constituerait un gaspillage de territoire. Le projet REM de la Caisse de dépôt et placement à Montréal nous rappelle à quel point il compte sur ce même type de redéveloppement urbain (plus-value) pour rencontrer ses critères d'efficience et de rentabilité.
Il faut combattre aussi l'idée, souvent évoquée par démagogie, que le long de ce tracé, «il n'y a personne». Oublierait-on les quelque 17 000 résidents de Saint-Roch Ouest, de Saint-Sauveur et de Saint-Malo. Et que dire des milliers d'emplois que ces zones industrielles comportent déjà! Alors que ces secteurs de la ville souffrent actuellement d'un transport en commun déficient. Et oublie-t-on aussi tous ces travailleurs et étudiants qui se rendent à partir des secteurs est et nord de la ville jusqu'à l'université Laval et dans le coeur économique de Sainte-Foy? 
Évitant la colline parlementaire, leur trajet sera nécessairement plus court. À noter que, sur la rive sud, le tronçon entre la tête des ponts et le centre-ville de Lévis est un segment du système de quelque cinq kilomètres passablement plus «vide». C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le projet initial de 2011 s'était arrêté à la tête des ponts.
Je suis un aménagiste optimiste (à remarquer que je n'ai jamais rencontré d'aménagiste pessimiste). À considérer à quel rythme on a pu redévelopper le quartier Saint-Roch et le Vieux-Québec basse-ville, je suis convaincu que la transformation du tronçon du boulevard Charest se fera plus rapidement qu'on ne le suppose.
Ne ratons pas le «train» par de trop longs débats ou pour de pures considérations électorales. Apprenons à regarder loin et à long terme.
Ce texte a été rédigé avant que soit connue la décision du conseil de Lévis de se retirer du projet de SRB.
Serge Viau, ancien directeur général de la Ville de Québec et ex-membre du Comité sur la mobilité durable, Québec