Transition énergétique: passons à l’action

Un nombre sans cesse croissant de scientifiques et de gens d’affaires estiment qu’il est temps de passer à l’action et d’accentuer notre engagement dans une transition énergétique vers une économie plus sobre en carbone, afin de nous prémunir des effets désastreux des changements climatiques.

Cette année encore, ce risque occupe le premier rang des menaces qui pèsent sur nos économies et nos collectivités selon le Global Risk Report 2018. Les trois dernières années ont connu les températures les plus élevées de l’histoire de la météorologie. Au sud de notre frontière, le coût des événements climatiques extrêmes a dépassé les 300 G$, soit près de 1,6 % du PIB américain!

Au Québec, ces événements se matérialisent par plusieurs phénomènes et suscitent des inquiétudes légitimes sur plusieurs fronts économiques, sociaux ou environnementaux. Le gouvernement du Québec s’est ainsi doté d’objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) et de transition énergétique afin de contenir les coûts et les impacts du réchauffement climatique sur nos collectivités. Entre les intentions et les résultats, beaucoup reste à faire tel que le démontre le plus récent rapport de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal. On y constate que depuis 1990, le Québec a réduit ses émissions de GES de 10 %. Des progrès ont été réalisés dans le secteur industriel (- 28 %) alors que des reculs ont été constatés dans le secteur des transports (+ 21 %). Beaucoup reste à faire pour atteindre la cible intermédiaire de - 20 % pour 2020 et celle de - 37,5 % pour 2030.

Il faut être lucide et pragmatique face à ces chiffres et réaliser l’importance de viser des avancées simultanées sur plusieurs fronts plutôt que de rechercher la panacée universelle et instantanée. Rappelons-nous que le moteur à essence n’a pas remplacé le cheval en une nuit sur l’ensemble de notre territoire. Sachons identifier et saisir les opportunités!

En matière de transport, premier secteur émetteur de GES, l’électrification des véhicules est une solution indéniablement porteuse et le Québec se doit d’être et de demeurer le leader canadien en la matière, comme il l’est dans d’autres filières énergétiques renouvelables ou dans plusieurs technologies propres. Toutefois, nous ne pouvons laisser sans solutions les propriétaires de véhicules personnels, les flottes de transport commercial, la machinerie lourde du secteur minier, forestier ou agricole, les autobus des transports collectifs ou encore les bateaux de nos pêcheurs. Pas plus que nous ne pouvons leur demander de changer aujourd’hui les équipements qu’ils et elles viennent d’acheter pour les remplacer par le tout électrique. Alors que faire?

À la suite du dépôt de la politique énergétique, il nous faut passer à l’action et adopter des mesures structurantes et progressives en matière de biocarburants tout en élargissant le réseau de bornes de recharge électrique. Notre territoire regorge de minéraux, dont plusieurs sont essentiels à la filière électrique, de biomasse forestière résiduelle, de zones à haut potentiel éolien, de résidus agroalimentaires et d’un potentiel en cultures énergétiques. Utilisons ces ressources, dont plusieurs sont mal aimées afin de créer des boucles d’économies circulaires. Attirons des entreprises à la recherche d’énergie verte et exportons celle qui demeure disponible vers des marchés porteurs. Ce faisant, nous réduirons nos importations de produits pétroliers, accroîtrons la vitalité de nos régions et améliorerons significativement notre balance commerciale. Faisons de la transition énergétique un moteur de prospérité durable!

Les consommateurs, autant que les entreprises, ont besoin d’informations pour mesurer leur performance en matière d’émissions de GES et la valeur des options qui s’offrent à eux pour améliorer leur bilan. L’accès à des données ouvertes en quantité et en qualité sera un élément essentiel nous permettant d’évaluer le chemin parcouru et d’identifier les opportunités qui s’offrent à nous.

Le support à la conversion énergétique sera un élément essentiel pour les secteurs industriel et résidentiel de même que pour le secteur de la distribution énergétique et de la main-d’œuvre. Il importe également que le gouvernement adopte un cadre réglementaire et fiscal incitant l’utilisation des bioénergies et la conversion vers celles-ci. Cette façon de faire a donné des résultats économiques et environnementaux probants en Suède, en Norvège, en Finlande et aux États-Unis. Qu’attendons-nous?

Qu’on le veuille ou non, le monde entre dans une nouvelle ère industrielle. La lutte aux changements climatiques et aux inégalités sociales sera un déterminant fondamental de la prospérité des nations. Le Québec a tout ce qu’il faut pour réussir, il est maintenant temps d’agir.

Signataires 

Jean-François Samray, PDG de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER)

Jacques Demers, président, Fédération québécoise des municipalités (FQM) 

Yves-Thomas Dorval, PDG, Conseil du patronat du Québec (CPQ)

Denis Lebel, PDG, Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ)

Josée Méthot, PDG Association minière du Québec (AMQ)

Valérie Fillion, directrice générale, Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ)

Pierre Marineau, PDG, Association des producteurs de copeaux du Québec (APCQ)