Parmi les opposants au projet de tramway, il y a «ceux qui sont englués dans la routine et craignent le changement comme la peste. Ainsi, ces automobilistes qui sont anéantis par la perspective insupportable de ne plus pouvoir tourner à gauche sur [certaines artères] ou ceux qui comparent la perte de quelques arbres, qui seraient remplacés, à un génocide», écrit Marc Simard, historien.
Parmi les opposants au projet de tramway, il y a «ceux qui sont englués dans la routine et craignent le changement comme la peste. Ainsi, ces automobilistes qui sont anéantis par la perspective insupportable de ne plus pouvoir tourner à gauche sur [certaines artères] ou ceux qui comparent la perte de quelques arbres, qui seraient remplacés, à un génocide», écrit Marc Simard, historien.

Tramway: les tergiversations oiseuses de la CAQ

Marc Simard
Marc Simard
Québec
POINT DE VUE / Par la bouche de la vice-première ministre Geneviève Guilbault, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a encore une fois laissé transparaître sa tiédeur face au projet de tramway développé par les édiles municipaux de Québec. Cette saynète de troisième ordre doit cesser et le gouvernement doit permettre à la Ville d’aller de l’avant, pourvu que le projet ait l’aval du BAPE, bien sûr.

Pour noyer le poisson et justifier son attentisme, le gouvernement Legault demande l’arrimage du projet de tramway et celui du troisième lien. Non, mais quelle tartufferie! Comment arrimer un projet concret, fondé sur des études sérieuses et rendu au stage de la mise en œuvre avec un miroir aux alouettes qui n’a d’autre réalité que les palabres des animateurs de radio et n’existe que sur quelques bouts de papier? La surprise ici est que le maire Régis Labeaume se soit déclaré ouvert à cette proposition loufoque plutôt que de s’étrangler de rage ou d’éclater de rire.

Le gouvernement Legault justifie notamment sa valse-hésitation sur le fait que le projet de tramway n’aurait pas le soutien de la population.

La fédération des anti-tram

Les adversaires du tramway ne forment pas un groupe homogène. Ils sont une fédération de groupes d’opposants dont chacun cultive ses propres motivations, pas toujours claires ni honnêtes.

Il y a d’abord les partisans du tout à l’auto, qui voudraient toujours plus d’autoroutes et de liens en dépit du fait que l’histoire récente a démontré qu’en ce domaine, l’augmentation de l’offre n’aboutit qu’à une croissance du parc automobile et à l’étalement urbain. Ces «pétrosaures» ne font pas partie de la solution, mais du problème.

Nous avons aussi affaire à des sophistes qui veulent bien du transport collectif, mais pas du tramway, parce que celui-ci ne serait pas adapté à nos hivers, qu’il serait moins efficace qu’un métro ou qu’il ne contribuerait pas vraiment à une hausse de l’achalandage. Ces palinodies n’ont pour seul objet que d’étouffer le projet en mettant de l’avant des arguments vertueux qui déprécient le projet au nom d’une utopie. Comme le veut l’adage, «le mieux est l’ennemi du bien».

Il y a aussi ceux qui sont englués dans la routine et craignent le changement comme la peste. Ainsi, ces automobilistes qui sont anéantis par la perspective insupportable de ne plus pouvoir tourner à gauche sur Quatre-Bourgeois ou sur René-Lévesque ou ceux qui comparent la perte de quelques arbres, qui seraient remplacés, à un génocide.

Enfin, il y a les NIMBYS de tout acabit qui, bien sûr, ne sont pas contre le tramway ni contre la vertu, mais qui ne peuvent accepter que le bien commun passe avant leur quiétude ou leurs intérêts, comme ces propriétaires du boulevard Pie-XII qui sont dévastés à l’idée de perdre les petits aménagements qu’ils ont réalisés derrière leurs terrains en empiétant sur l’emprise d’Hydro-Québec.

Soyons clairs: le référendum réclamé par certains n’aboutirait qu’à un déferlement de négativisme destructeur dans lequel le chef de l’opposition se transformerait en cavalier de l’Apocalypse.

Pour un projet de transport collectif écologique et réalisable

Il y a à Québec une proportion importante de la population qui veut que la Ville se dote d’un réseau de transport écologique adapté à sa taille et à sa réalité démographique. Ces gens, dont je suis, sont las des tergiversations oiseuses de la CAQ et des paraphrases alambiquées de ses ministres.

Les sommes nécessaires pour réaliser ce projet d’avenir ont déjà été allouées par les trois paliers de gouvernement, et ce serait un scandale incommensurable que de les laisser sur la table pour des considérations électoralistes ou parce que quelques grandes gueules défendent un projet passéiste. Non seulement une agglomération de l’importance de Québec a-t-elle besoin d’un réseau de transport en commun du XXIe siècle, mais le gouvernement Legault lui causerait un tort irréparable en ne réalisant pas ces investissements porteurs et dynamisants. Ce qui est bon pour Montréal doit aussi l’être pour Québec.

On ne fonde pas une politique du transport en commun tournée vers l’avenir sur des sondages, des sites Internet ou des émissions radiophoniques d’opinion. Comme l’a fait le maire Labeaume en modifiant courageusement sa position sur le transport à commun pour adopter le projet de tramway, le gouvernement caquiste doit endosser celui-ci de manière résolue et cesser de lui attacher une pierre au cou en le liant au mirage du troisième lien, qui ne se réalisera jamais, faute notamment des moyens financiers colossaux qu’il requerrait.

En 2025, j’espère de tout cœur que je pourrai prendre le tramway en compagnie de mes petits-enfants avec fierté!