Sol Zanetti et Catherine Dorion
Sol Zanetti et Catherine Dorion

Tramway: la CAQ à côté de la traque

Sol Zanetti
Sol Zanetti
Député de Jean-Lesage, Québec solidaire
Catherine Dorion
Catherine Dorion
Députée de Taschereau et responsable solidaire en matière de culture
POINT DE VUE / La nouvelle est passée inaperçue tellement elle est banale. Fin juillet, le gouvernement du Québec a signé le contrat de la rénovation du pont-tunnel Louis H.-La Fontaine, à Montréal. La facture s’élève à 1,142 milliards $, deux fois plus que le demi-milliard évoqué l’an dernier. Personne ne s’est posé de question. Au Québec, le financement des projets autoroutiers est sur le pilote automatique. Quand ça coûte plus cher que prévu, ce qui arrive à tous les coups, le ministre des Transports imprime un plus gros chèque et c’est la fin de l’histoire.  

Comparez ça au sort réservé au réseau structurant de transport en commun de Québec depuis l’annonce d’un manque à gagner de 700 millions $. La Ville propose désormais une portion souterraine moins ambitieuse qui va réduire le potentiel du tramway au centre-ville. La ligne de trambus est abandonnée et on laisse tomber les quartiers défavorisés de Saint-Sauveur, Maizerets et D’Estimauville, sans oublier le mégahôpital de l’Enfant-Jésus. Même le tracé dans Charlesbourg pourrait être réduit. En transport collectif, quand ça coûte plus cher que la première estimation, on ampute. Deux poids, deux mesures.

Depuis plus d’une décennie, Québec solidaire se bat contre la culture des dépassements de coûts. Nous avons demandé au gouvernement de suivre les recommandations de la Commission Charbonneau sur l’attribution des contrats pour réduire les extras et autres dépenses dans les chantiers publics. Nous avons exigé qu’on renforce l’expertise interne dans l’appareil public pour mieux estimer les travaux et prévenir les mauvaises surprises comme celles du tunnel La Fontaine ou du tramway. Le maire Labeaume a lui-même mis la faute de la mauvaise estimation initiale du réseau structurant sur le manque d’expertise de la Ville. 

Plutôt que de s’assurer d’avoir des soumissions compétitives et réalistes, plutôt que de verser un sou de plus pour ce projet essentiel, la CAQ préfère couper dans le projet qui avait été annoncé à la population et renier en partie son engagement. Au fond, le deux poids, deux mesures, c’est pratique pour un gouvernement qui n’a jamais vraiment cru à l’idée de doter Québec d’un réseau de transport digne de toute grande ville nord-américaine. Qu’il le veuille ou non, M. Legault partage la responsabilité du projet. Pourquoi ne pas tout faire pour partager son succès? 

Le premier ministre a beau s’en laver les mains, laisser la Ville se débrouiller toute seule est un choix - un choix idéologique. François Legault était tellement pressé d’accélérer les projets d’infrastructure qu’il lui fallait la loi 61; aujourd’hui, le même François Legault hésite à donner l’appui nécessaire au plus important projet d’infrastructure de la deuxième ville du Québec depuis près d’un demi-siècle. François Legault était prêt à construire le 3e lien à n’importe quel prix; aujourd’hui, le même François Legault ne veut pas s’assoir avec ses partenaires pour boucler un financement adéquat pour le réseau structurant de Québec. Un premier ministre qui voudrait couler le projet ne s’y prendrait pas mieux. Cela n’est certainement pas étranger au fait que les députés caquistes de la région ne sont pas des partisans du projet, préférant laisser les banlieues de la ville dépendantes de ce qui est encore souvent leur seule option : le tout à l’auto.

En pleine crise de la COVID-19, mettre le transport collectif au régime sec est une grave erreur. Ce n’est pas juste une question d’emploi et de relance économique, même si le tramway va faire travailler des milliers d’entre nous. Partout à travers le monde, le transport collectif et actif gagne du terrain sur le règne de l’automobile… Et leurs habitants découvrent les bienfaits pour la santé, le portefeuille et la qualité de vie qui viennent avec. Oui, les habitudes de travail changent avec la distanciation sociale, mais les usagers du transport collectif sont souvent les travailleurs et les travailleuses qui n’ont pas l’option de faire du télétravail. Après la crise sanitaire, des projets comme le tramway de Québec seront nos meilleurs alliés pour lutter contre l’autre grande crise de l’époque : l’urgence climatique.

Personne ne veut d’un tramway à rabais. Ce qu’on veut, c’est un réseau efficace, accessible et structurant. Passez le mot à votre élu caquiste et faisons entendre raison au premier ministre Legault.