Laurent Duvernay-Tardif, médecin et joueur de football a remporté le Super Bowl avec les Chiefs de Kansas City dimanche, mais son parcours exceptionnel reste une exception écrit Réjean Bergeron.

Tous les jeunes ne peuvent pas être des Laurent Duvernay-Tardif

POINT DE VUE / Tout le monde acclame, avec raison, le parcours exceptionnel de Laurent Duvernay-Tardif, le médecin-footballeur champion du Super Bowl. Qui dit exceptionnel dit exception! Son cas est véritablement une exception. Chacun peut rêver de devenir un deuxième LDT… mais combien réussiront?

Sans tuer le rêve, il ne faudrait pas que les parents voient dans leur enfant un futur champion du Super Bowl, de la Coupe Stanley ou du Tournoi de Wimbledon. Il se pourrait que la carrière de fiston se termine au secondaire ou au collégial et qu’il termine ses études avec un Diplôme d’études professionnelles ou un Diplôme d’études collégiales. Si la passion pour un sport et le plaisir de jouer aident nos jeunes garçons à ne pas décrocher, la mission sera accomplie. Papa et maman auront le droit d’être fiers même si fiston ne fait pas la première page du journal.

J’ai eu le privilège de côtoyer les étudiants athlètes du Cégep Beauce-Appalaches durant une dizaine d’années. J’ai vu avec fierté trois anciens Condors (William Langlais, Shayne Gauthier et Kerfala Exumé) soulever la Coupe Grey. Ma fierté a été aussi grande de voir des dizaines d’athlètes moins doués donner tout ce qu’ils avaient sur le terrain et terminer leurs études avec un diplôme en poche.

Je me souviens du cas d’un jeune, recruté dans la région de Montréal avec une secondaire 5 pas tout à fait complété et cassé comme un clou. Malchanceux, il subit en plus deux graves blessures. Chaque jour, il aurait pu débarquer en disant «C’est fini. J’abandonne». Quatre ans plus tard, il débarque dans le bureau du responsable des sports avec le plus beau des sourires : «J’ai passé mon dernier examen. J’ai un DEC». Personne n’aurait parié là-dessus.

Il faut viser haut, peu importe le domaine, mais accepter qu’un très petit nombre accède à la gloire.

Jack Hérisset disait si bien, la semaine dernière, qu’il faut former des champions de la vie et pas nécessairement des champions du monde. Laissons nos jeunes avoir des rêves, s’amuser… et s’ils ont un talent exceptionnel, inspirer les autres. Et faisons en sorte que leurs rêves ne soient pas ceux de papa ou maman.