Le terrain de l'ancien patro Saint-Vincent-de-Paul

Terrain du patro Saint-Vincent-de-Paul : un ancrage unique

La Ville de Québec montre ces jours-ci un intérêt pour le terrain de l'ancien patro Saint-Vincent-de-Paul, acquis depuis longtemps par une entreprise hôtelière de la région et laissé à l'abandon depuis la démolition du bâtiment. Il ne fait pas de doute que ce terrain au seuil même du Vieux-Québec demeure un site important, quel que soit l'usage auquel on le destinera et l'approche patrimoniale et architecturale qu'on adoptera pour son développement. Mais il serait dommage que l'on procède à la revalorisation d'un tel site sans considérer l'espace plus large dans lequel il s'insère.
Au-delà de son périmètre propre, ce terrain apparaît comme un espace stratégique touchant à la fois à la haute-ville et la basse-ville, à la jonction des quartiers Saint-Roch, Saint-Jean-Baptiste et Vieux-Québec. Il me paraît intéressant alors d'en envisager le redéveloppement comme le point d'ancrage d'un ensemble urbain formant un lien à la fois fonctionnel et symbolique entre les divers pôles d'activités du centre-ville de Québec tout en réparant les cicatrices de la «modernisation» qui marquent ce secteur, notamment sur le plan autoroutier.
Attenant à ce site, se trouve l'escalier (Lépine) longeant du côté ouest l'ancien complexe funéraire devenu le Centre de créativité Le Réacteur, de même que des bâtiments d'habitation en bordure de la rue Saint-Vallier, épargnés lors de la construction de l'autoroute Dufferin-Montmorency. De l'autre côté de cette rue s'étend un espace vacant traversé par une bretelle d'accès à l'autoroute. Plus loin au nord s'élève le stationnement étagé occupant l'angle du boulevard Charest et de la rue du Pont. 
Dans ce quadrilatère (boulevard Charest, autoroute, côte d'Abraham et rue du Pont) on peut imaginer une série de bâtiments articulés de part et d'autre d'un passage piétonnier s'élevant en paliers reliant entre la basse et la haute-ville. Cet ensemble en forme d'amphithéâtre orienté au sud-ouest, adossé à l'autoroute et enjambant les voies routières de la basse ville pourrait comprendre des logements, des bureaux, des commerces et même un hôtel. Les espaces situés sous l'autoroute pourraient accueillir des fonctions complémentaires (stationnement, livraison et entreposage).
L'espace Saint-Vincent-de-Paul pourrait ainsi devenir le passage obligé entre la basse-ville et la haute-ville, que citoyens et touristes pourraient parcourir en douce pour rejoindre le Vieux-Québec et la Colline parlementaire, le complexe Méduse, le centre d'affaires et le parc Saint-Roch de même que le parc de la rivière Saint-Charles et le quartier Limoilou. Il faut souhaiter que la Ville, par son service de l'urbanisme, remette à jour la réflexion qui avait été menée dans le passé au sujet de ce site et débouche sur un aménagement qui allie patrimoine et modernité.
Philippe Barrette, Québec