Javad Zarif, chef de la diplomatie du régime de l’Iran

Téhéran est-il réellement prêt à négocier avec Washington?

OPINION / Javad Zarif, le chef de la diplomatie du régime de l’Iran, s’est rendu au Japon le 16 mai visiblement pour demander la médiation du premier ministre Shinzo Abe dans la crise actuelle entre Téhéran et Washington.

En visite officielle au Japon, le président Donald Trump a participé, le 27 mai, à une conférence de presse commune avec M. Abe. Interrogé au sujet du souhait du gouvernement iranien de négocier, le président américain a déclaré : «Je crois vraiment que l’Iran aimerait conclure un accord, et je pense que c’est très intelligent de leur part, et je pense que c’est une possibilité qui pourrait se matérialiser.» Et M. Trump d’ajouter : « L’Iran est face aux sanctions massives… La vente de leur pétrole est essentiellement desséchée. Mais je ne cherche pas du tout à nuire à l’Iran. Je veux que l’Iran dise : «Pas d’armes nucléaires.»

À la suite de ces déclarations, Javad Zarif a écrit dans son compte Twitter : « Il y a longtemps l’ayatollah Khamenei a émis une fatwa interdisant l’arme nucléaire, c’est pourquoi nous ne cherchons pas à acquérir ces armes. »

Avec cette réponse de Zarif apparemment visant à rassurer les intéressés sur la question nucléaire, peut-on conclure pour autant qu’il y aura de vraies négociations entre Téhéran et Washington ?

Dans un article récent paru sur le site «Diplomatie iranienne », Hossein Malaek, l’ancien ambassadeur du régime iranien à Pékin, cite les dernières déclarations du « guide suprême» Khamenei : « Le vrai sens d’une négociation se résume à un « deal » où on donne pour prendre…[Les occidentaux] disent parlons de vos missiles ; ce qui veut dire en réalité : vous devez réduire la portée de vos missiles, pour que le jour où nous vous prendrons pour cible, vous soyez incapable de riposter. Évidemment, c’est inacceptable pour l’Iran ».

Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, a fixé des conditions pour aboutir à un nouvel accord, ce qui est dans les faits, une liste des exigences américaines formulées à l’adresse de la République islamique dont la mise en œuvre serait vue comme un «changement de comportement» de cette dernière. Les exigences les plus importantes de Washington concernent le démantèlement total du programme nucléaire, la fin des ingérences de Téhéran dans des pays voisins comme l’Irak, la Syrie ou le Yémen, ainsi que l’arrêt du développement du programme de missiles balistiques et du lancement des engins balistiques capable de porter des têtes nucléaires.

Téhéran a auparavant consenti à un démantèlement partiel (et limité dans le temps) de son programme d’enrichissement d’uranium sous les pressions internationales, pour pouvoir maintenir les deux autres piliers nécessaires pour la survie de la théocratie, à savoir sa politique expansionniste dans la région que le « guide suprême » lui-même définit comme une profondeur stratégique indispensable, et le développement du programme de missiles balistiques.

L’interventionnisme particulièrement agressif de Téhéran est essentiellement motivé par le souci de masquer la faiblesse inhérente d’une théocratie médiévale et son incapacité de satisfaire les revendications d’une population de 80 millions d’âmes, majoritairement jeunes, sur les plans humains, économiques et socioculturels. L’abandon de ses aventures extérieures contraindrait le régime à céder face à ces revendications, ce qui signifierait la fin d’un système de gouvernement basé sur les dogmes religieux d’un autre âge, le tout sous l’autorité absolue d’un guide suprême religieux.

La République islamique a entrepris, ces dernières semaines, des efforts diplomatiques à plusieurs niveaux par l’intermédiaire de l’Irak, du Koweit, d’Oman, de la Suisse ou encore le Japon pour endiguer la crise aggravante actuelle, et probablement gagner du temps en faisant traîner les choses le plus longtemps possible. Car pris entre le marteau de la « pression maximale » américaine et l’enclume d’une situation explosive à l’intérieur, le régime sait qu’une fois assis à la table d’une négociation sérieuse, il y aura question des concessions sur les deux piliers, qu’à ses yeux, garantissent sa survie.

Est-il prêt pour une telle éventualité ? Rien n’est moins sûr. Des concessions substantielles sur les deux lignes rouges fixées par Khamenei lui-même reviendrait à un suicide pour la théocratie. Compte tenu de cet élément vital, force est de constater que Téhéran, loin de vouloir entamer de vraies négociations, cherche plutôt à gagner du temps jusqu’en 2020, en espérant un changement de locataire à la Maison Blanche et une éventuelle réinstauration de la fameuse politique de complaisance.

Shahram Golestaneh,

Président,

Association de l’Iran démocratique,

Ottawa