Le sport électronique n’est pas du sport, mais une activité ludique, qui n’a pas les mêmes bénéfices et qui peut créer une dépendance, plaide l’auteure.

Sport électronique: une fausse bonne idée du RSEQ

C’est le type de nouvelle pour laquelle on se pince deux fois, qu’on lit et relit pour être certain d’avoir bien lu : la tenue de compétitions interscolaires de sport électronique, ou eSports, encadrées par le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ)?

L’invraisemblable proposition ne vient pas de Beenox ou IBM, mais du RSEQ lui-même! Alors, avant que ce projet embryonnaire ne prenne racine, voici quelques observations et remarques qui devraient impérativement faire partie de la réflexion en cours.

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D’abord, le sport électronique n’est pas du sport, mais une activité ludique. Le ministère de l’Éducation ne le reconnaît pas comme tel, d’ailleurs.

Le RSEQ tente de mesurer l’intérêt des établissements scolaires, responsables sportifs et directions, face au projet. Mais, avant de trancher, ne faudrait-il pas disposer de toute l’information utile?

En fait, cet empressement à faire cheminer ce dossier a de quoi étonner, car on apprend que le Réseau veut déterminer s’il y a une demande. Donc, il n’y a pas de demande, puisqu’on doit découvrir son existence. Alors où est l’urgence?

De fait, le milieu scolaire est d’abord et avant tout investi dans l’enseignement, la persévérance et la réussite scolaires, puis dans la santé physique et le bien-être de nos jeunes. Or, le sport électronique est certes amusant, mais ne s’inscrit dans aucun de ces objectifs. C’est pourquoi on lit avec étonnement que les valeurs qui sont véhiculées par le sport électronique sont les mêmes que véhicule le RSEQ. Vraiment?

On s’étonne toutefois moins de voir qu’on n’ose parler d’«étudiants-athlètes». Alors, pourquoi abriter tout cela sous le thème du sport étudiant?

Le volet santé dont on dit vouloir tenir compte mérite justement un approfondissement et une réflexion sérieuse préalables à ce genre de décision. Car, contrairement à des activités parascolaires comme l’improvisation ou le jeu d’échecs, le sport électronique entre dans une catégorie où il existe un risque de dépendance et qui peut avoir des conséquences néfastes sur les plans psychologiques et physiques, s’il n’est pas encadré adéquatement.

Que l’on nous comprenne bien : nous ne sommes pas contre les jeux électroniques, mais remettons en question la pertinence d’en institutionnaliser la présence dans nos écoles, compte tenu des risques et du message que cela envoie.

Contre-productif

Nous sommes présents dans les écoles du Québec et en sommes bien davantage à l’étape de la prévention, de l’information et de la sensibilisation du public aux risques liés à Internet et aux jeux électroniques qu’à l’instauration de ligues d’eSports en milieu scolaire.

A-t-on pensé à demander l’avis des parents, qui sont déjà fortement préoccupés par l’emprise d’internet et des jeux sur la santé et la motivation de leurs enfants, avant d’aller plus loin? Verront-ils d’un bon œil que leurs enfants «s’entraînent» le soir après les cours à la maison? Déjà qu’il n’est pas toujours facile de motiver les jeunes à sortir dehors, à prendre l’air, à bouger, à se dépenser physiquement, à faire les devoirs et leçons, il serait pour le moins contre-productif d’aller dans la direction opposée.

Le vrai sport exige une collaboration, une gestion des émotions et des conflits, une acceptation des différences, il pousse le jeune à vaincre sa timidité, à développer des compétences sociales. Le sport développe des habilités physiques, contribue à la santé, diminue le stress, facilite le sommeil et plus encore. On est loin du compte ici, on en conviendra.

De tout évidence, il faut d’abord prendre en considération le fait que les élèves et les parents auront besoin d’informations nécessaires pour une utilisation saine (prévention de la cyberdépendance) et sécuritaire (prévention des comportements violents et sexuels sur le Web) avant de créer une demande là où elle n’existe visiblement pas.

Quant à l’argument voulant qu’il soit préférable de laisser jouer les jeunes au sport électronique dans un cadre spécifique pour éviter l’isolement à la maison et l’accès aux jeux violents, il nous apparaît beaucoup plus sage et constructif d’éviter de culpabiliser les parents et de plutôt les renseigner, de même que leurs jeunes, sur les bons comportements à adopter.

En somme, pour dire les choses franchement : ce projet a toutes les apparences d’une fausse bonne idée.

Cathy Tétreault, directrice générale Centre Cyber-aide