«En tant que Québécois de confession musulmane, on m'a enseigné dès mon jeune âge que le meilleur d'entre nous est celui qui appelle à la paix, la fraternité et l'amitié. Je lance donc un appel à l'unité», écrit l'auteur de la lettre.

Soyons unis, à travers notre humanité

En ce dimanche hivernal qui tirait à sa fin de manière paisible, prélude à une nouvelle semaine qui s'annonçait productive... l'espace d'un instant, le temps s'est figé... Pour vrai? Au Québec? À Québec? Cette ville si calme dans laquelle j'ai noué de nombreuses relations si cordiales?
Puis le sursaut. Qui a été touché? Qui a succombé? Pourquoi? Comment? Qui a pu commettre une horreur pareille? Les premiers noms tombent... Azzedine, Khaled, Aboubaker... ce n'est pas possible... le téléphone sonne. Oui, c'est vrai, ils sont bien morts. D'autres aussi... les larmes affluent... c'étaient des personnes de grande valeur, appréciées de tous à leur juste valeur. 
L'effroi, la stupeur et d'abord l'incompréhension se sont abattus sur les membres de la communauté musulmane, immédiatement rejoints dans leurs commisérations par l'ensemble de la communauté québécoise. Oui, vous m'avez bien lu. S'il faut qualifier des groupes de «communautés», alors je n'en reconnais dans de telles circonstances qu'une seule qui est celle de l'Humanité. 
Aujourd'hui six vies ont été fauchées, laissant derrière elles 10 orphelins et des veuves éplorées. Qui aurait pu en réchapper? En tant que Québécois de confession musulmane, on m'a enseigné dès mon jeune âge que le meilleur d'entre nous est celui qui appelle à la paix, la fraternité et l'amitié. Je lance donc un appel à l'unité.
Unis face aux préjugés. Ceux qui nous ont quittés n'étaient pas les derniers. Éminent professeur d'université, pharmacien, informaticien, fonctionnaire. Figures respectées d'une communauté trop souvent stigmatisée, puissent-ils reposer en paix!
Unis contre la haine et la violence, quelles qu'en soient sa forme et sa provenance. Il est de notre responsabilité d'élever le débat sur la place publique et d'être vigilant par rapport au discours populiste. Nous sommes responsables de nos actions. Halte aux propos simplistes et à la banalisation! La liberté d'expression est chère à nos coeurs comme le sont l'intégrité et la probité de nos prises de position.
Unis face aux dérapages. La leçon que nous devons tirer est que parfois, surtout dans des temps si troubles, passer des mots à l'acte il n'y a qu'un pas. Il nous faut en prendre conscience et ne plus attendre pour preuve de passer par une telle épreuve. La notoriété ne nous donne pas le droit de dire n'importe quoi. Halte aux discours alarmistes qui, sous couvert de détours, pointent toujours le doigt vers la même cour!
Je lance mon appel à l'unité pour une société liée par des gestes d'amour et d'humanité!
Monsef Derraji, citoyen québécois de confession musulmane, Québec