Soutenons nos médias!

POINT DE VUE / Les journaux de Groupe Capitales Médias renaissent sous la forme d’une coopérative de travailleurs et poursuivent leur mission : nous informer. Il s’agit là d’une mission essentielle à la démocratie et il faut saluer le courage des employés à poursuivre l’aventure dans le difficile contexte actuel du secteur des médias d’information.

En effet, pour ce secteur, le vent s’est levé soudainement et la tempête n’a jamais faibli par la suite. Je n’ai pas encore 40 ans et je peux déjà compter un nombre élevé de journaux et magazines qui ont disparu ou qui ne sont plus l’ombre de ce qu’ils ont déjà été. En considérant que ce n’est pas le lectorat qui est en cause, c’est extrêmement préoccupant.

J’ai eu la chance de grandir dans une maison où les journaux, livres et magazines faisaient partie du quotidien. Dans toutes les pièces de la maison, il trainait un cahier de journal ou un périodique. Pour moi, il ne fait aucun doute que cela a favorisé le développement de mon goût pour la lecture et a alimenté ma curiosité. Puisque je n’ai jamais aimé la structure scolaire, c’est en partie mon amour de la lecture qui a fait que je n’ai pas décroché. 

Ainsi, quand je suis devenu père, j’ai commencé à me questionner sur l’impact de la disparition des versions papier de la plupart des journaux et de beaucoup de magazines. Comme parent, nous désirons rendre disponibles ces sources d’apprentissage et créer les conditions propices à développer le goût de la lecture via des véhicules d’informations fiables. En fait, notre questionnement n’a pas eu le temps de dépasser le stade embryonnaire que l’enjeu est passé carrément à la survie des médias écrits en général.

Dès maintenant, le défi du système d’éducation est d’apprendre aux élèves à débusquer l’information, l’analyser (à partir d’une démarche scientifique) et ainsi déterminer la fiabilité du contenu. Présentement, nous pouvons compter sur quelques phares: les journaux du Groupe Capitales Médias, La Presse, Le Devoir, Les Affaires, l’Actualité, etc. Au fil des décennies, ces médias se sont constitué une réputation en matière de contenu, d’enquête, de rigueur journalistique, etc. Imaginons un seul instant que ces derniers disparaissent tous demain, quels seront les phares dans 40 ans ? Imaginons qu’ils soient tous fermés depuis 40 ans, quels seraient les phares aujourd’hui ? Qui garderait sur les dents les dirigeants? Qui enquêterait ? Qui rapporterait les nouvelles régionales ? Nationales ? Internationales ? 

J’ai appris dernièrement que le journal local de ma ville natale, où j’ai habité 29 ans, n’existe plus. Une ville de 35 000 habitants. Ce fut un choc. Par exemple, un journaliste du journal se présentait à chaque assemblée municipale. Qui assure la garde maintenant? C’était aussi un formidable moyen de rester au courant des actualités et de la vie sociale de son milieu. 

On pourrait croire que ce n’est qu’un petit journal et que ce n’est pas trop grave. Bien au contraire! D’ailleurs, quand La Presse annonce que depuis qu’elle est sous la forme d’un organisme sans but lucratif elle n’a attiré qu’un peu plus de 30 000 donateurs, ce n’est rien pour rassurer. Pourtant, elle fracasse des records de lectorat. C’est donc dire qu’il y a beaucoup trop de resquilleurs. 

À l’évidence, c’est insoutenable. Une réflexion s’impose. Malheureusement, le temps est un ennemi dans cette industrie. Il est donc primordial de faire un effort collectif dans l’intervalle. Renouvelons nos abonnements. Contribuons aux demandes de soutien. Donnons une tape dans le dos à ces artisans! Protégeons la lumière émise par ces phares puisque, comme le dit si bien le slogan du Washington Post : «La démocratie meurt dans l’obscurité».