Avec ses multiples métamorphoses opportunistes de trickster infatigable, avec ses jongleries et louvoiements incessants, Lisée pense-t-il vraiment qu'on peut encore le croire sur sa position identitaire?, se demande l'auteur de la lettre.

Sortie de secours d'un trickster péquiste

Pour décrire le trickster, cette figure mythique retrouvée dans toutes les cultures, Claude Lévi-Strauss utilise le terme de «décepteur», un être qui trompe, qui déçoit. À plus d'un titre, le personnage hyperactif du trickster, inventeur d'ingénieux stratagèmes, convient bien à Jean-Francois Lisée.
Dans son ouvrage « Sortie de secours » paru en 2000, Jean-François Lisée voulait délivrer de son impasse nationale un Québec désenchanté en recourant au stratagème des référendums sectoriels plus consensuels, et ainsi préparer le terrain à une sortie du Canada. Le stratagème de la sortie de secours resta lettre morte.
Aujourd'hui écartelé entre QS et la CAQ avec la mise en veilleuse de la souveraineté, c'est du morcellement de son parti que le chef du PQ cherche à se dépêtrer. Trois jours avant le congrès de QS, il déclare, pour amadouer ce parti multiculturaliste, que les enjeux identitaires sont très secondaires, qu'ils ne sont même pas troisièmes sur cinq thèmes. Or, une semaine plus tard, au lendemain même d'un sondage CROP qui situe le PQ derrière la CAQ dans les intentions de vote, le chef et son caucus, urgence électorale oblige, s'entendent en catastrophe pour remettre les enjeux identitaires au premier plan, voire même durcir la posture et ainsi, pensent-ils, freiner la CAQ. Le port des «signes de conviction y compris les signes religieux visibles» sera désormais interdits chez les enseignants du primaire et du secondaire et pour les éducateurs et éducatrices en garderie. Ce que la CAQ avançait depuis longtemps. Il est bien loin le temps où le PQ traitait l'ADQ de lepénisme pour soutenir des thèses qu'il soutient maintenant lui-même.
Avec ses multiples métamorphoses opportunistes de trickster infatigable, avec ses jongleries et louvoiements incessants, Lisée pense-t-il vraiment qu'on peut encore le croire sur sa position identitaire? Le PQ, assuré de sa victoire électorale en 2014, levait le nez sur les amendements proposés par la CAQ pour donner son aval à la Charte des valeurs. Et maintenant, parce qu'il y a péril en la demeure et qu'il se retrouve derrière la CAQ dans les sondages, il adopte la même posture que François Legault sur les enjeux identitaires. Nous prend-il, ma foi, pour des valises ? Entre un clone inconstant, au four et au moulin, et l'original, que préféreriez-vous? Quel tour de passe-passe Lisée nous réserve-t-il pour demain ? Sacrifier ses principes à l'obsession tacticienne, est une sortie de secours périlleuse. Me revient en tête un aphorisme du philosophe Nietzsche : « Ce qui me bouleverse, ce n'est pas que tu m'aies menti, c'est que désormais je ne pourrai plus te croire».
Romain Gagné, Québec