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Le premier ministre François Legault fera-t-il une place à l'environnement dans son plan de relance du Québec?
Le premier ministre François Legault fera-t-il une place à l'environnement dans son plan de relance du Québec?

Sortie de pandémie: Legault doit faire une place à l’environnement dans son agenda

Diego Creimer
Diego Creimer
Responsable des relations gouvernementales de la SNAP Québec
Marc-André Viau
Marc-André Viau
Responsable des relations gouvernementales d’Équiterre
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POINT DE VUE / Nul ne doute que le premier ministre du Québec a un agenda chargé qui doit être rempli en fonction des priorités du gouvernement et de la population. Pendant la pandémie, son agenda reflète un dévouement louable à l’urgence sanitaire. Cet effort pour protéger nos vies, écouter et partager la science a été salué par une forte majorité de la population.

Le gouvernement se trouve, grosso modo, à deux tiers de son mandat. En deux ans et demi au pouvoir, François Legault a rencontré une grande diversité d’acteurs sociaux et économiques représentant une panoplie d’intérêts souvent concurrents. C’est bien le travail d’un premier ministre que d’écouter cette diversité de voix, de préoccupations et d’idées. Pourtant, il y a dans l’agenda du premier ministre, accessible publiquement sur le site transparence.gouv.qc.ca, un absent notoire: l’environnement.

Ainsi, sur les 785 activités inscrites à l’agenda du premier ministre depuis le 29 janvier 2019 (date à partir de laquelle les données sont disponibles), 162 concernent les activités de l’Assemblée nationale et 28 sont liées à des rencontres avec le secteur privé. Nous avons également répertorié deux rencontres avec le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador et une avec le Mouvement démocratie nouvelle en lien avec la réforme du mode de scrutin.

Pour les acteurs environnementaux du Québec, le total de rencontres est de zéro. Par ailleurs, un changement dans les habitudes des rencontres dans le cadre des consultations prébudgétaires a vu, cette année, la dimension environnementale totalement évacuée de l’exercice avec le ministre des Finances.

Il est vrai que M. Legault a rencontré Dominic Champagne et les étudiants du mouvement Pour le Futur en mai 2019, mais ce fut strictement dans le cadre d’un congrès général extraordinaire de la CAQ pour accoucher en urgence d’un plan environnemental qui était absent de leur plateforme électorale. Ce fut donc une activité partisane, et non pas un acte de gouvernement.

Pourtant, sont des actes de gouvernement et des rencontres officielles les deux entretiens accordés au chef de la direction chez Arcelor Mittal, les deux réunions avec le PDG de Bell Canada Mirko Bibic, tout comme les rencontres avec Pierre Karl Péladeau, Geoffrey Molson, des représentants pour le Canada d’Amazon, les représentants de NBC Universal (chaînes de télévision) ou le président du conseil d’administration d’Énergie Saguenay, M. Jim Illich, pour ne citer que quelques exemples. On ajoutera à cette liste la rencontre que le premier ministre a accordée il y a dix jours au président-directeur général d’Enbridge.

Est-ce dire que le PM et le gouvernement qu’il dirige n’ont aucune préoccupation pour l’environnement? Non. Sont-ils animés par un sentiment d’urgence? Nous en doutons.

Nous faisons des pas dans la bonne direction avec l’atteinte des cibles de conservation 2020, l’adoption d’un Plan d’agriculture durable et du Plan pour une économie verte. Nous savons en même temps que le défi est énorme et que la science exige de nous de faire plus et plus vite, ne serait-ce que pour atteindre les 58% de réduction manquants à l’objectif 2030.

Les nouvelles sur l’urgence climatique et la perte de biodiversité défraient la chronique chaque semaine et le gouvernement ne prend pas toujours les bonnes décisions. Le projet de loi phare sur la relance par l’entremise de nouvelles infrastructures a été partiellement écrit sur le dos de la réglementation environnementale. Quelque 83 projets d’aires protégées au sud du Québec ont été rejetés, pour la plupart à la demande de l’industrie forestière.

Une multiplication de publications scientifiques démontre que les risques de pandémies issues de la transmission de maladies entre animaux et humains seraient mieux contrôlés si nous protégions l’habitat des espèces sauvages. Le gouvernement du Québec doit reconnaître les liens entre la santé humaine et la santé des écosystèmes et consacrer la protection de la nature comme une priorité de la relance post-pandémie. Nous ne serions certainement pas les seuls. De nombreuses juridictions à travers le monde, comme les pays membres de l’Union européenne ou la Nouvelle-Zélande, ont entrepris de transformer leurs économies en investissant dans des plans de relance qui placent la protection de la nature et la lutte contre les changements climatiques au cœur de leurs efforts.

Pour revenir à l’agenda de M. Legault, et sans rien enlever à la bonne volonté, à la disponibilité et à l’écoute de plusieurs ministres du gouvernement, nous croyons qu’un dialogue est nécessaire entre le milieu environnemental québécois et le premier ministre lui-même.

La crise environnementale précède la pandémie et lui succédera, et elle mérite, de la part de ce gouvernement, une discussion au plus haut niveau sur la sortie de cette pandémie.

Il s’agit d’un geste qui enverra un signal clair aux Québécoises et Québécois: leur gouvernement est animé par un sentiment d’urgence et il sera à l’écoute d’une société fortement mobilisée pour la protection de l’environnement.