Jusqu'à présent, peu d'études d'intervention ont testé spécifiquement l'effet d'un traitement visant l'amélioration du sommeil sur le contrôle du poids corporel.

Sommeil et contrôle du poids: vraiment?

Dormir plus, dormir mieux... Êtes-vous de ceux qui ont formulé ce souhait pour la nouvelle année? Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité est souvent accompagné de son lot de désagréments : humeur maussade, manque d'énergie, pessimisme soudain et j'en passe! Tout ça n'est pas amusant à vivre et peut avoir une incidence importante sur notre santé physique et mentale. Saviez-vous que le sommeil pourrait aussi influencer notre appétit et nos choix alimentaires?
La première fois que j'ai entendu parler du fait que le manque de sommeil pouvait contribuer au gain de poids, c'était lors d'une discussion avec mon collègue Angelo Tremblay. J'ai alors été très sceptique. Même après avoir survolé quelques articles sur le sujet, je continuais à ne pas trop y croire. Je dois l'avouer, des biais associés à mon expérience personnelle nourrissaient le doute. Je ne m'en cache pas, je ne suis pas une bonne dormeuse. Mon impression est que, lorsque je suis en grosse dette de sommeil, mon appétit est plutôt anéanti, à un point tel que j'en ai pratiquement la nausée. Il m'était donc difficile de concevoir que le manque de sommeil pouvait faire grossir. Mais oublions ma tranche de vie et concentrons-nous sur les faits... 
Études d'observation
Un grand nombre d'études ont examiné le lien entre la durée du sommeil et le poids corporel. Que ce soit chez les enfants, les adolescents ou les adultes, plusieurs recherches ont montré qu'une trop courte durée de sommeil était associée à un risque accru d'obésité. Je vous donne l'exemple d'une récente méta-analyse effectuée spécifiquement chez les enfants et les adolescents (11 études longitudinales, 24 821 participants). Dans cette étude, on constate qu'une plus courte durée de sommeil au début de la période de suivi prédit à plus long terme un risque d'être atteint de surpoids ou d'obésité qui est deux fois plus grand que chez les meilleurs dormeurs.
Soulignons que pour les besoins de cette analyse, la définition d'une courte durée de sommeil avait été établie en se basant sur les recommandations en la matière. Bien que des différences interindividuelles existent quant aux besoins en sommeil, des seuils correspondant au nombre d'heures minimales requises à différents âges ont été établis par des organisations telles que la Société canadienne du sommeil. Une durée de sommeil inférieure à ces valeurs a donc été utilisée pour identifier les jeunes passant trop peu de temps dans les bras de Morphée.
Plus près de chez nous, l'Étude des familles de Québec a permis de mettre en relation la durée du sommeil avec le gain de poids observé chez des adultes sur une période de six ans. C'est ainsi que mes collègues ont pu montrer que 22,3 % des gens ayant gagné le plus de poids pendant l'étude (soit en moyenne 9,4 kg) dormaient moins de six heures par jour. Au contraire, on trouvait un plus faible pourcentage de petits dormeurs, soit 8,5 %, chez ceux qui avaient pris le moins de poids au cours de la même période.
Par ailleurs, dans les études qui ont mis l'accent sur les variables alimentaires en fonction de la durée de sommeil, on constate que les petits dormeurs ont généralement une alimentation de moins bonne qualité : consommation moindre de fruits, de légumes et de fibres alimentaires, consommation accrue de gras, etc. De plus, ils auraient davantage tendance à manger à des heures irrégulières et en faisant autre chose, comme écouter la télévision.
Mécanismes proposés
Même en faisant fi de mes biais personnels, je serais probablement restée sceptique si les seuls éléments de preuve avaient été des études d'association. Une association n'est pas une preuve de causalité, et on peut penser à plusieurs facteurs susceptibles d'expliquer les associations observées sans que le manque de sommeil soit réellement une cause du gain de poids.
Ce sont les études ayant documenté des mécanismes pouvant expliquer les associations dénotées entre le manque de sommeil et le gain de poids qui ont mis fin à mon scepticisme. À ce sujet, certaines études ont testé des gens à qui l'on a imposé un déficit de sommeil et chez qui plusieurs mesures ont été effectuées. Parmi celles-ci, il y avait les hormones régulatrices de l'appétit. À la suite d'une nuit trop courte, les chercheurs ont constaté que ces hormones étaient perturbées de manière à ce que la faim soit augmentée. Ces études ont également permis de démontrer que les gens qu'on privait de sommeil consommaient davantage d'aliments lorsqu'on les exposait à un buffet de type «à volonté». Ils avaient également tendance à choisir de plus grosses portions. Ça commence à être pas mal convaincant!
Obtenir un meilleur contrôle du poids en dormant plus?
Jusqu'à présent, peu d'études d'intervention ont testé spécifiquement l'effet d'un traitement visant l'amélioration du sommeil sur le contrôle du poids corporel. Il sera donc intéressant de suivre la littérature scientifique à ce sujet.
Considérant l'aspect multidimensionnel de l'étiologie de l'obésité, je crois cependant qu'il ne faut pas avoir d'attentes démesurées par rapport aux effets d'un meilleur sommeil sur la gestion du poids corporel. Ceci dit, puisqu'une bonne hygiène de sommeil a de nombreux effets bénéfiques sur plusieurs facettes de la santé, on ne risque rien en dormant mieux, même si cela ne se reflète pas nécessairement dans le tour de taille.
Pour terminer, permettez-moi de vous souhaiter une excellente année 2017 et de bonnes nuits!
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