Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux
Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Soins palliatifs: lettre à Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Point de vue
Point de vue
Le Soleil
Nous savons que vous venez d’entrer en fonction à la tête de votre ministère et que vous devez vous approprier de nombreux dossiers. Vos propos rassurants des derniers jours quant à la fermeture de la clinique externe en soins palliatifs du Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie (CRCEO), ne le sont malheureusement pas pour nous.

Tous les jours, depuis l’annonce de la fermeture, nous côtoyons directement la souffrance des personnes sans suivi palliatif. Notre message se veut un plaidoyer à la défense des personnes atteintes d’un cancer. Nous constatons que la diminution des soins dispensés brime les patients et les atteint dans leur dignité. Il est de notre devoir, en tant que professionnelles de la santé, de parler en faveur de ces personnes fragilisées et très vulnérables.

La solution proposée jusqu’à maintenant repose sur les infirmières pivots en oncologie (IPO), sur les pharmaciens spécialisés en soins palliatifs et sur une infirmière en soins palliatifs dont nous n’avons aucune garantie qu’elle sera là encore dans quelques jours. Dans un article du journal Le Soleil, vous mentionnez qu’il « y a une continuité de services » vers le CIUSSS et que « les équipes de soutien à domicile sont à pied d’œuvre pour rejoindre ces personnes et offrir les services nécessaires ». Bien sûr, ces paroles tentent de rassurer l’opinion publique et les personnes atteintes d’un cancer, mais pour nous, ces propos ne sont malheureusement pas compatibles avec la trajectoire en soins palliatifs.

La situation actuelle, qui en est une de crise, ne constitue pas à nos yeux, une solution viable. D’abord, il est incongru que le centre d’oncologie d’un hôpital universitaire ne dispose pas d’une clinique externe en soins palliatifs. Les personnes atteintes de cancers survivent, et les traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie palliatifs les aident à prolonger leur vie. Il faut comprendre que la trajectoire ne se définit pas en deux sections, soit le temps où la personne reçoit les traitements actifs et le temps où les soins de fin de vie sont prodigués. Les soins palliatifs font partie du continuum de soins, car plusieurs personnes nécessiteront un suivi de leurs symptômes tout au long de leur trajectoire oncologique.

La fermeture d’un tel service, en plus de briser la trajectoire de soins, décharge un lot de responsabilités sur des ressources déjà surchargées, ce qui au bout du compte, ne va sûrement pas rendre les services en oncologie plus efficaces, bien au contraire! En tant qu’IPO, nous pouvons vous donner quelques exemples de l’impact de la fermeture du service. Plusieurs n’ont aucun suivi médical pour soulager une douleur complexe. (Par exemple, la prescription et le suivi d’un traitement à la méthadone que plusieurs médecins ne sont pas à l’aise de prescrire).

En conséquence, plusieurs personnes ont été redirigées à l’urgence pour une douleur insupportable, alors que d’autres doivent attendre avant de pouvoir consulter un médecin spécialiste. Il est maintenant fréquent d’entendre des personnes atteintes d’un cancer vouloir se tourner vers la solution de l’aide médicale à mourir en raison de symptômes complexes non soulagés. Vous comprendrez que ces situations sont très préoccupantes et contraires à l’esprit de ce que devrait être ce soin ultime. Soulignons que le suivi d’une IPO, même bien intentionné, n’est malheureusement pas l’équivalent d’un suivi prodigué par une équipe de soins palliatifs en termes d’expertise et de prise en charge globale.

Il n’y a pas que 100 patients qui ne seront pas suivis par cette équipe spécialisée en soins palliatifs, mais tous ceux qui ne peuvent plus bénéficier de ce service. La solution pour garder le service ouvert semble reposer sur un allègement de la loi 20 concernant les plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM). Espérons que l’ouverture sera pour bientôt, car en contexte de soins palliatifs, le temps est un luxe que nos patients n’ont pas. Espérons également que dans le futur Centre intégré en cancérologie (CIC) ce problème sera un mauvais souvenir, car l’essentiel n’est pas le béton, mais les services qui y seront disponibles pour préserver la qualité de vie.

Isabelle Pouliot
Marie-Christine Lebel
Célia Côté, Sabrina Charbonneau
Sabrina Lavoie
Amélie Michaud
Mélanie Dessureault
Caroline Desbiens
Marie-Claude Fortin

Infirmières pivots en oncologie du Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie (CRCEO)