La présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Louise Chabot, dénonce le fait que le gouvernement provincial fasse appel au privé pour donner des services de soins à domicile.

Soins à domicile: pas besoin d'un sauveur... privé!

Comme manoeuvre de détournement de nos services publics de santé vers le secteur privé, difficile d'être plus habiles que le ministre Gaétan Barrette et le gouvernement.
Après avoir imposé près de 2 milliards $ de compressions budgétaires au réseau de la santé et des services sociaux et fait disparaître des centaines de postes publics dans ce secteur, on appelle maintenant le privé en renfort pour jouer le rôle de sauveur. 
C'est exactement ce qui se passe ces jours-ci à Montréal et à Laval où les établissements de santé fusionnés des deux régions ont lancé un appel d'offres de près de 30 millions $ pour donner des services à domicile en provenance du privé.
L'appel d'offres concerne 1,5 million d'heures de services. Ce ne serait rien de moins que l'équivalent de 839 employés à temps plein travaillant 35 heures par semaine...
Tant les porte-parole de la santé et des services sociaux que des établissements concernés se livrent à des acrobaties verbales pour essayer de nous faire croire qu'il ne s'agit pas là d'une autre intrusion hypocrite du privé dans nos services de santé publics. Ce serait plutôt «un encadrement des modalités des appels d'offres pour des services d'aide à la vie domestique [...] [pour que ces derniers] soient de qualité et sécuritaires»... Ouf! De la grossière langue de bois pour endormir tout le monde. Sans compter qu'on laisse sous-entendre que la qualité et la sécurité des soins passent par le privé.
Des propos inacceptables venant de nulle autre que la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, responsable de notre réseau public. Qu'en pense Gaétan Barrette?
En plus de dénoncer cette privatisation provoquée par la propre gestion irresponsable du ministre, il faut également se questionner sur les conséquences de ce recours au privé sur celles et ceux qui recevront les soins.
Jusqu'à quel point la volonté des CISSS et CIUSSS de Montréal et Laval de faire des économies à tout prix affectera-t-elle les soins et services qui seront dispensés par ces travailleuses et travailleurs du privé?
Ce recours croissant, à grande échelle, d'intervenantes et d'intervenants du privé risque d'augmenter notamment les problèmes de coordination et d'intégration des soins, de même que le contrôle de la qualité des services.
Il est donc légitime de se demander, par exemple, si une personne aînée, malade, demeurant chez elle, aura droit à la même continuité de soins que dans le réseau public. La régularité sera-t-elle la même? Les soins seront-ils assurés par la même personne pour développer un sentiment de sécurité et de confiance chez le patient? Quels services à la population seront coupés pour permettre les économies si chères au ministre et à son gouvernement?
Au rythme où vont les choses sous la gouverne de Gaétan Barrette, notre système public de santé et de services sociaux risque bientôt de n'avoir de public que le financement, au détriment de la qualité, de l'accessibilité et de l'universalité. Ce recours au privé n'était absolument pas nécessaire. Tous ces postes peuvent être créés au public, d'autant plus qu'il est évident que les besoins seront grandissants avec le vieillissement de la population et le souhait des patients de demeurer à la maison. Si, comme il l'affirme, le gouvernement partage cette volonté, il est nécessaire d'augmenter les ressources publiques pour l'aide et les soins à domicile.
Monsieur Barrette, permettez-moi de vous rassurer: notre réseau public n'a pas besoin d'un sauveur privé... Il a seulement besoin d'un ministre qui y croit et qui lui assure les ressources dont il a besoin pour continuer d'exister.
Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)