Manifestation lors de la première de SLAV, le 26 juin dernier

«SLAV»: les remous souhaitables de l’art

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la représentation de la pièce «SLAV» et son annulation ont provoqué une tumultueuse onde de choc dans la société québécoise.

L’audacieux projet de Betty Bonifassi et de Robert Lepage se voulait un hommage permettant de donner une nouvelle voix à l’histoire, encore délicate à aborder, d’hommes et de femmes qui ont vécu souffrances et tragédies sous le joug d’autres êtres humains.

Toute la question de la représentation et de la participation des minorités ethniques, visibles ou autochtones dans les productions artistiques demeure un enjeu qu’il faut aborder avec compassion, dignité et sérieux. L’art n’est pas l’apanage d’un seul groupe culturel; l’art est universel. C’est pourquoi ce sera continuellement pertinent de s’interroger sur ces enjeux. Que pouvons-nous faire pour assurer une plus grande diversité dans les arts afin de bénéficier du savoir et de l’apport de chacun? Comment rendre compte de l’universalité de l’art?

Si la controverse entourant SLAV nous permet de nous resituer collectivement sur notre devoir de mémoire et la manière appropriée de rendre hommage aux victimes de l’esclavage et à leurs descendants, il est regrettable que les réactions excessives aient conduit à l’annulation de la pièce au Festival international de Jazz de Montréal. Sa représentation aurait eu l’effet bénéfique de sensibiliser l’ensemble de la société québécoise à l’esclavage tout en valorisant, par leurs chants, l’héritage culturel des Afro-Américains. 

Une pièce telle que SLAV permet de favoriser la compréhension mutuelle et le dialogue en soutenant l’intégration des minorités ethniques à notre société. Leur histoire nous concerne toutes et tous. Nous avons encore beaucoup à apprendre de ce qui a été, et continuera de l’être, une honte pour l’humanité: l’esclavage. N’ayons pas peur de continuer à raconter leur histoire par des visions audacieuses et nouvelles.

Laissons donc la chance à nos créateurs d’exprimer leurs idées librement. Soyons à leur écoute sans tomber dans les procès d’intention et encore moins dans la censure. Nous devons encourager les artistes qui osent parler de sujets sensibles. La liberté de création, au même titre que la liberté d’expression, doit être défendue. La censure, elle doit être combattue.

L’art, depuis le dernier siècle, a souvent été à l’avant-garde. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il crée des remous, qu’il rende inconfortable ou que son audace nous pousse à réfléchir. Ce qui devrait nous inquiéter, cependant, c’est qu’une pièce réalisée en toute bonne intention puisse être la cible d’un tel niveau de haine. Ce discours de censure est à l’encontre même du concept qui fit de l’esclavage une condition intolérable, la liberté. 

Monsieur Lepage, nous sommes nombreux à désirer que votre art continu de rayonner et d’être diffusé au Québec comme ailleurs dans le monde. Et si vous présentiez aussi votre pièce dans votre théâtre, Le Diamant, à son ouverture? Je vous promets d’être parmi celles et ceux qui assisteront à sa première représentation. Monsieur Lepage, vous avez mon appui.

Diane Lavallée, candidate du Parti québécois dans Taschereau