Signes religieux: pourquoi ne pas vivre et laisser vivre?

OPINION / Et c’est reparti pour un tour! Pauline Marois se mord encore les doigts d’avoir perdu son élection de 2014 pour s’être fait embarquer par Bernard Drainville dans la funeste Charte des valeurs, et voilà qu’à peine élu, le gouvernement Legault veut nous ressortir une autre soupe toxique du même acabit, assaisonnée de test des valeurs et de législation vestimentaire.

Décidément, le ridicule ne tue pas. Ou c’est nous qui avons la peau du crâne trop dure... Quand il était question en France de légiférer sur le voile, de beaux esprits, se rendant bien compte que la législation serait discriminatoire à l’égard d’un certain groupe de femmes, ont lancé l’idée farfelue d’évaluer aussi la dimension de la barbe: en-deçà de telle longueur la barbe serait autorisée, au-delà elle serait interdite (lire = décrétée islamiste). On se doute bien que ce projet a fait long feu. De toute façon, les mesures actuelles de législation vestimentaire françaises, visant hijab et bandana, – et même l’interdiction du niqab dans l’espace public – se sont dans les faits avérées inapplicables. 

Dès que l’État entend se mêler du vestimentaire, on touche à l’absurde et à une ridicule perte de temps et d’énergie. Et même si la CAQ se limite maintenant aux employés de l’État en position d’autorité, on voit avec la question des enseignants que la ligne est très floue. Et que tout le monde va encore pédaler longtemps dans la semoule pour un résultat dérisoire et contre-productif.

Mon pays de référence en ce domaine, et que je connais bien, c’est l’Inde. Il y a là une incroyable variété de peuples, de croyances, de coutumes et de costumes se mêlant et se côtoyant dans un très grand esprit de tolérance. C’est pourtant un gouvernement nationaliste hindouiste au pouvoir mais, même sans professer un grand amour pour les musulmans, il ne lui viendrait jamais à l’idée de perturber l’ordre social avec des réglementations sur l’habillement, d’autant plus qu’il y a aussi des sectes hindouistes qui prônent le voile intégral. Alors pourquoi pas vivre et laisser vivre, plutôt que de persister à débattre ad nauseam sur des bouts de chiffon et boire ce calice sans fond jusqu’à la lie?

Christian Feuillette

Montréal