Sidney Crosby a souffert de nouveau d'une commotion cérébrale.

Sidney Crosby: comme si on reculait de 15 ans

Ce soir, j'aurais vraiment eu d'autres choses à faire. Mais ce soir, je suis professionnellement frustrée. Professionnellement insultée. Tellement déçue du message qu'on vient de transmettre à nos jeunes, et nos parents de jeunes sportifs, sur qui on met tant d'efforts en éducation et prévention comme intervenants en sport.
En 2011, la situation de Crosby, bien que vraiment triste pour l'athlète (pas pour les fans, pas pour la LNH) a été une étincelle incroyable pour nous, intervenants de la santé en sport, pour nous aider dans notre mission de faire comprendre la réalité des commotions cérébrales dans le sport. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai donné l'exemple de Crosby à mes athlètes du Rouge et Or et à mes parents du mini-foot. Crosby, déjà idolâtré par toute une génération (et même plusieurs), était en plus devenu un exemple à suivre dans le monde du sport quand une situation de commotion cérébrale survenait.
Aujourd'hui, en mai 2017, j'ai honte! Pas honte particulièrement du joueur. Parce que je connais la réalité du monde sportif. Je sais à quel point un athlète ne peut être objectif face à lui même dans cette difficile situation... Et encore moins durant les éliminatoires de la Coupe Stanley. J'ai honte du système, j'ai honte de la pression que subissent le personnel médical et les athlètes dans le sport professionnel. J'ai honte qu'on soit encore aussi arriérés comme société.
J'entends déjà certains dire que c'est n'était peut-être pas une commotion finalement. OK, mais dès qu'une équipe émet le diagnostic de commotion, it's too late! Tu ne peux plus revenir en arrière. Assume! Parce que comme ligue professionnelle, tu es responsable, éthiquement, de donner l'exemple... et de protéger la santé de tes athlètes! L'aréna sera aussi rempli, à ce moment-ci, que Crosby y soit ou non!
Et tu sais quoi? En 2017, on n'a encore aucun test qui élimine complètement la possibilité de commotion... et surtout pas pour un athlète qui en est à sa quatrième. Donc au minimum (et je dis vraiment au minimum parce que selon mon avis personnel et professionnel, je n'ai pas le même jugement pour une première commotion que pour une quatrième), respecte le protocole, bâtard!
Je ne veux pas pitcher des roches à l'athlète, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'au fond, c'est à lui que revient l'ultime décision de revenir au jeu. Quoiqu'en pensent les spécialistes autour de lui, ce soir j'ai la malheureuse impression qu'on vient de régresser de 15 ans comme société!
Christine Foy, Physiothérapeute, Québec