Notre lectrice dit comprendre l’importance d’un ratio d’enfants pour les milieux de garde, mais trouve insensé que le ratio comprenne les enfants de l’éducatrice ou de l’éducateur.

Si vous voulez réellement améliorer la loi 143

Lettre au ministre de la Famille, Luc Fortin

Je vous écris aujourd’hui afin de vous exposer mon mécontentement en tant que parent. D’abord, je crois que la responsabilité de choisir un milieu de garde qui correspond à nos attentes revient au parent et non au gouvernement. Si un parent choisit le volet familial, il a le droit d’aller au privé comme au public. Le gouvernement vient une fois de plus ajouter un pallier, des bureaux et de la paperasse à un système déjà fonctionnel. Qui paiera encore pour cette gestion? Les jeunes familles de la classe moyenne. Le coût des garderies en milieu familial non accréditées augmentera puisque les RSG devront continuer de subvenir aux besoins de leur famille. J’ajouterais que les milieux familiaux sont principalement exploités par des femmes et que leur rôle sur le marché du travail demeure fragile. Elles sont une fois de plus victimes de ségrégation professionnelle.

Cette loi touchant principalement les ratios ne prend pas en compte les situations exceptionnelles. Je comprends l’importance d’un nombre maximal d’enfants, mais je trouve insensé que le ratio comprenne les enfants de l’éducatrice ou de l’éducateur. Dans mon cas, l’éducatrice de mes enfants est une perle rare, maman de quatre enfants. Elle a fait ce choix afin de concilier son travail et se retrouve désormais à ne pouvoir accueillir que deux enfants à la maison.

Enseignante au primaire en première année, j’ai à ma charge 22 élèves de six ans au quotidien. Un enfant d’âge scolaire ne représente pas du tout la même charge qu’un tout petit. Malheureusement, avec la nouvelle loi, cet enfant fréquentant l’école une majeure partie de l’année compte dans le ratio d’un milieu familial tous les jours. Pourtant, à l’école, les ratios au service de garde ainsi que dans les classes sont bien plus élevés que six.

Je vous rappelle que ce même enfant compte dans le ratio de mon éducatrice et ne sera à la maison que quelques jours par année, soit durant 20 journées pédagogiques, quelques jours de vacances ainsi qu’une ou deux tempêtes. J’ajoute à cela que le ratio en CPE est de huit enfants pour la plupart des groupes, et ce, même pour celui des 18 mois. Le milieu familial, lui, est multiâge, ce qui permet à l’éducatrice d’utiliser les forces de chaque groupe d’âge dans le but de faciliter son travail et sa gestion.

Je vous propose donc des pistes de solution constructives qui, je l’espère, feront partie de votre réflexion et de votre discours.

Première solution : conserver le ratio de six enfants à la charge de l’éducatrice, mais apporter un amendement qui stipule que l’éducatrice peut avoir une exemption de deux enfants d’âge scolaire ne comptant pas dans son ratio. Dans cette éventualité, le ratio serait le même qu’en CPE, soit huit enfants, ce qui me paraît fort raisonnable.

Seconde solution : laisser les RSG non accrédités gérer leur milieu comme auparavant, mais ajouter quelques effectifs au niveau gouvernemental afin de faire plus de visites ponctuelles dans les milieux. La loi 143 a prétendument été votée pour la sécurité des enfants. Je connais un lot d’éducatrices non accréditées et aucune n’a reçu de visite-surprise au cours des deux dernières années. Ce n’est pas la baisse de ratios qui rendra une armoire, un escalier, une présence animale, des produits toxiques plus sécuritaires.

Solution la moins alléchante : signer un contrat avec les parents qui utilisaient déjà le service avant que la loi 143 ne soit votée et qu’ils puissent conserver leur place en garderie jusqu’à l’entrée à l’école de leur bambin. Cela éviterait que tout le monde cherche des garderies puisque plusieurs milieux se verront dans l’obligation de fermer leurs portes. Cela diminuerait l’anxiété des parents qui devront trouver un nouveau milieu et favoriserait une transition en douceur pour le bien-être des enfants.

Solution la plus improbable : clore le débat et annuler la loi. Devant cette situation, et compte tenu que je suis une utilisatrice fort satisfaite du système déjà en place, soyez assuré que mes démarches continueront jusqu’à ce que cette loi soit modifiée. J’espère que votre prise de position ira dans le même sens que la mienne. Si vous avez la chance de vous exprimer, j’espère que vos propos suggéreront d’exclure du ratio les enfants d’âge scolaire. Pensez à vos trois enfants. Imaginez si vous deviez les chambouler pour leur trouver un nouveau milieu alors que celui que vous utilisez est déjà efficace et exceptionnel.

Sabrina Bonenfant, Saint-Gabriel de Valcartier