Services de garde: la vraie injustice du tarif unique

La CAQ annonçait récemment vouloir rétablir, si elle était portée au pouvoir, le tarif unique pour les services de garde subventionnés. Selon François Legault, ceci corrigerait une grave injustice causée par le Parti libéral. Ainsi, les tarifs redeviendraient uniques, pour les enfants qui fréquentent les services de garde subventionnés, au coût de 8,05$ par jour.

Deux questions doivent se poser. Premièrement, qu’en est-il des enfants qui fréquentent le réseau des garderies privées non subventionnées? Deuxièmement, à qui profitera cette promesse?

Au Québec, 66 000 enfants fréquentent une garderie privée non subventionnée. Ce montant représente une proportion de 22% d’enfants qui n’ont pu obtenir une place dans une garderie subventionnée. N’en déplaise aux détracteurs, ce réseau existe. Plusieurs établissements sont de bonne qualité et ils répondent à une demande légitime des parents qui ne trouvent pas de place dans le réseau subventionné, encore aujourd’hui.

Ajoutons également que ce réseau fait économiser des millions de dollars au trésor public québécois. Pour un enfant qui fréquente un CPE, le gouvernement doit verser environ 60 dollars par jour en subvention directe à l’établissement. Pour un enfant qui fréquente une garderie à plein tarif, l’État versera un crédit d’impôt maximum de 22$ par jour aux parents. Une économie de 38$ par jour.

Depuis la création des garderies subventionnées en 1998, aucun gouvernement n’a réussi à offrir une place subventionnée à tous les enfants d’âge préscolaire du Québec. De ce fait, au cours des années, plusieurs enfants qui auraient eu droit à un service de garde subventionné se sont retrouvés à fréquenter un service de garde à plein tarif, faute de places pour eux dans le réseau subventionné.

La réalité est que le service de garde universelle et égalitaire pour tous n’a jamais existé au Québec. C’est cette réalité qui est la vraie injustice. Encore aujourd’hui.

Contrairement à l’école publique, les parents n’ont pas le choix d’envoyer leurs enfants dans le réseau de services de garde non subventionnés. Ils n’ont tout simplement pas accès à une place subventionnée.

Ils ont seulement perdu à la loto CPE. Encore aujourd’hui.

Pourtant, ces mêmes parents, contribuables, paient les mêmes impôts que tous sans avoir accès au service de garde en CPE. Qui plus est, ils repaient une place dans une garderie privée, ce qui a comme conséquence d’appauvrir ces familles.

Quant au rétablissement des coûts à 8,05$ pour tous les enfants qui fréquentent un service de garde dans le réseau subventionné, il profitera uniquement aux familles les mieux nanties et n’aura aucun effet sur les familles de la classe moyenne et sur les familles les plus vulnérables.

Dans le régime actuel, mis en place avec courage par les libéraux de Philippe Couillard, le coût du service de garde est modulé selon le revenu familial. Ainsi, une famille québécoise de la classe moyenne paie toujours son service de garde subventionné à plus ou moins 8$ par jour. Les plus pauvres; un peu moins. Tandis que les familles plus aisées sur le plan financier paient jusqu’à 18$ par jour.

Facile de constater que la promesse de François Legault profitera seulement aux plus riches.

Malheureusement, la démagogie politique et électoraliste prend à nouveau le dessus dans le débat. Avec sa promesse, la CAQ abandonne complètement les 66 000 enfants qui fréquentent les services de garde privés non subventionnés et leurs parents.

La CAQ largue également les entrepreneures, en très grande majorité des femmes, qui ont répondu à une demande légitime des familles d’avoir accès à des services de garde.

Cette promesse de la CAQ n’aura aucun effet sur les familles les plus pauvres. Mieux encore, elle favorisera uniquement les familles les mieux nanties qui ont eu la chance de gagner une place dans le réseau subventionné.

Corriger une injustice, vraiment?

Geneviève Tremblay
Présidente, Garderie Les Tiloupuces
Stoneham