Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

S’ennuyer des menteurs

POINT DE VUE / Je me surprends ces jours-ci à m’ennuyer des menteurs, de ces politiciens qui, disait-on, faisaient des promesses électorales qu’ils oubliaient une fois élus.

Je regrette ces politiciens qui savaient très bien qu’une fois au pouvoir, des engagements devraient être modulés, écartés, abandonnés. Je m’inquiète de voir en œuvre des politiciens qui, parce qu’ils croient avoir reçu un mandat clair, sont prêts à brasser les structures scolaires simplement pour tenir leurs promesses.

Le projet de loi n°40

On aura beau le lire et le relire, l’analyser sous tous ses angles, il est difficile de trouver quelque chose dans le projet de loi n°40 susceptible d’améliorer la gouvernance scolaire. Pendant un moment, je m’accrochais à la formation continue obligatoire pour le personnel enseignant, me disant qu’au mieux cette mesure exigerait un financement subséquent de la part du gouvernement. Je me disais également que les consultations et les travaux parlementaires amèneraient le ministre à améliorer son projet de loi. J’espérais qu’il réalise que le soi-disant 45 millions $ d’économies sur quatre ans ne valait pas tout ce bouleversement. Je me trompais.

Le déficit démocratique

Le ministre est prêt à utiliser le bâillon pour faire adopter son projet de loi. Je trouve regrettable, même inquiétant qu’un très grand nombre de citoyennes et de citoyens acceptent de se faire retirer certains de leurs droits démocratiques dans la plus complète indifférence. Je trouve encore plus inquiétant que nos élus s’autorisent à retirer ces droits en coupant court aux débats parlementaires et en refusant que l’opposition joue le rôle que la population lui a confié. Est-ce vraiment souhaitable et légitime de régler un déficit démocratique en abolissant la démocratie? Poser la question, c’est y répondre.

Un mandat clair?

Le ministre croit avoir reçu un «mandat clair» de la part de la population québécoise. Mais on peut questionner la clarté de ce mandat. Si les commissions scolaires ont la vie dure au Québec, c’est surtout parce que les leaders d’opinion et une portion de la population les ont prises en grippe depuis quelques années, y voyant un gras administratif dans lequel couper. Dans les faits, le Québécois lambda connaît plutôt mal le rôle et les responsabilités des commissions scolaires et, contrairement à d’autres questions, comme celle de la laïcité, il ne semble pas avoir un appétit particulièrement marqué pour ce changement. Il y aurait donc eu lieu de prendre le temps de bien faire les choses.

Pour mettre en œuvre une telle réforme, il est primordial que les acteurs concernés adhèrent au changement. Il ne suffit pas d’adopter un projet de loi pour que la question soit réglée et l’opposition éliminée. Comment expliquer une telle décision? Les chercheurs consacrent quelques lignes aux projets de loi avortés, mais écrivent de nombreux ouvrages sur les réformes échouées. Qu’est-ce que l’histoire retiendra de cette réforme? Peut-être bien qu’on aurait préféré que le ministre Roberge soit lui aussi un menteur…