Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão

Secteur public: on ne s'ennuiera pas des bonis aux cadres

Le 16 décembre 2016, le ministre Leitão se réjouissait d'une entente de principe entre le gouvernement et 56 000 cadres actifs et retraités de l'État. Ainsi, après avoir été suspendus depuis 2010-2011, les bonis salariaux seraient définitivement éliminés de la rémunération globale des cadres de l'État. Rappelons que malgré cette «suspension» des bonis, entre 2010 et 2016, de nombreuses exceptions, parfois remarquables en raison des montants impliqués en période d'austérité, ont été consenties à différents cadres. 
Le 16 décembre 2016, le ministre Leitão se réjouissait d'une entente de principe entre le gouvernement et 56 000 cadres actifs et retraités de l'État. Ainsi, après avoir été suspendus depuis 2010-2011, les bonis salariaux seraient définitivement éliminés de la rémunération globale des cadres de l'État. Rappelons que malgré cette «suspension» des bonis, entre 2010 et 2016, de nombreuses exceptions, parfois remarquables en raison des montants impliqués en période d'austérité, ont été consenties à différents cadres. 
Elles reflétaient la complexité générale du régime et les dérogations reconnues. La compréhension qu'en avaient les professionnels et gestionnaires variait d'une administration à l'autre, ouvrant ainsi la porte à des iniquités bien réelles. En guise d'exemple, en 2016, la vérificatrice générale du Québec soulignait certains cas dans le réseau de l'Université du Québec. 
La pratique veut que l'obtention d'un boni soit liée à l'atteinte d'un objectif prédéterminé : la cible. Ces bonis peuvent être fixés en fonction de la performance individuelle ou organisationnelle. Ainsi, en 2010-2011, la proportion des ministères et organismes avec des attentes signifiées et des évaluations de la performance de leur personnel, ou encore disposant d'un outil de suivi des résultats visés par l'organisation, était plus basse qu'aujourd'hui. Sur une base purement pratique, des gestionnaires pouvaient recevoir des bonis, alors que des cibles ou des attentes signifiées n'existaient tout simplement pas! Un exemple parmi d'autres, soulevé par le vérificateur général du Québec dans son rapport 2005-2006, concernait les vice-présidents de la SAQ auxquels des bonis avaient été octroyés, sans que leur performance ait pour autant été évaluée. La suspension du versement des bonis était une décision sensée en 2010-2011.
Des problèmes connus
Les employés et gestionnaires contestent souvent la qualité des critères d'évaluation retenus, qui ne permettraient pas de capturer l'essence et la richesse de leur travail. On dénonce également le manque de rigueur dans les processus d'évaluation. Les gestionnaires, pour différentes raisons, par exemple pour éviter la confrontation, ou pour être perçus comme de «bons patrons», évaluent parfois «généreusement» la performance de leurs subalternes en indiquant que tous dépassent les attentes. Cela a été notamment observé dans le cas des employés de Bixi, qui était géré par la Société de vélo en libre-service. 
Lorsqu'il y a des cibles réelles, elles tendent à refléter davantage le statu quo, plutôt que de viser les améliorations audacieuses désirées, comme dans le cas des employés d'Investissement Québec. L'importance des montants alloués en bonis est suffisante pour engendrer des distorsions de comportements, mais non pour encourager les changements de comportements visés. 
Dans les médias et les rapports du Vérificateur général, il est souvent question des montants totaux alloués aux bonis, de même que des conditions de leur versement. Or, la dimension négligée, qui devrait être au coeur de tout le débat autour des régimes de bonification dans le secteur public, demeure : est-ce que les bonis permettent une amélioration de la performance? Ailleurs dans le monde, ces expériences sont négatives. La recherche sur le sujet offre très peu d'exemples où le versement de bonis engendre une amélioration de la performance, alors qu'il s'agit du but.
Dans ce contexte, nous serions curieux de connaître qui, du personnel du cabinet d'un maire, des sous-ministres, des directeurs des ressources humaines des ministères et organismes, ont en main une évaluation, ou même une preuve, que les bonis aux cadres ont engendré des gains de productivité en matière de gestion ou de prestation de services aux citoyens. À moins que les cadres québécois ne soient distincts de leurs homologues internationaux, ces derniers sont principalement motivés par des considérations prosociales, et non par leurs bonis. 
Nous ne pouvons donc que saluer l'entente survenue entre le ministre et les représentants des cadres actifs et retraités de l'État.
Étienne Charbonneau, professeur agrégé et codirecteur du CERGO, École nationale d'administration publique et Éric Charest, professeur agrégé, École nationale d'administration publique