Le gouvernement du Québec prépare une stratégie sur le numérique et la main-d'oeuvre.

S'attaquer à la fracture numérique

Au moment où le gouvernement du Québec prépare une stratégie nationale sur la main-d'oeuvre ainsi qu'une stratégie numérique, il importe de garder le cap sur les nouveaux besoins générés par cette transformation dans le marché du travail.
Ce ne sont pas que les professionnels des technologies de l'information qui doivent appuyer le virage vers la nouvelle économie, mais la population active dans son ensemble. Tous les secteurs sont concernés, du manufacturier au commerce en ligne, en passant par les connaissances de base des logiciels, qui n'est pas équivalente pour tout le monde. L'âge du numérique combine la connectivité par Internet aux outils d'automatisation offerts par les technologies de l'information. 
En outre, le numérique nous ouvre de nouvelles avenues pour innover en éducation et en formation professionnelle, que ce soit dans le développement des contenus, dans leur livraison, ou dans les méthodes et les outils d'apprentissage. Pour les enseignants autant que pour les élèves, le numérique offre des possibilités exceptionnelles, plus ludiques, conviviales et interactives. 
Pourtant, selon une analyse de l'OCDE sur l'évaluation internationale des compétences des adultes, le Québec se situe sous la moyenne canadienne et sous celle des 33 pays sondés. Ce qui est étonnant, c'est que les niveaux les plus faibles se retrouvent dans les métiers de la transformation et de la fabrication, où justement les technologies font déjà partie de l'environnement de travail et ont été intégrées aux processus d'affaires. Une «fracture numérique» a été observée également pour les Québécois ayant un niveau de scolarité plus bas et pour ceux de 55 ans et plus, mais aussi particulièrement pour les régions. 
Il faut s'attaquer à cette fracture numérique au Québec, puisque la participation efficace au marché du travail dépend de plus en plus des compétences numériques. Les défis en matière de formation de la main-d'oeuvre sont donc de plus en plus importants pour que personne ne soit désavantagé. Cet ajustement nécessaire des compétences de base doit se faire tout d'abord au niveau des établissements d'enseignement en vue de la formation des jeunes, les travailleurs de demain, mais aussi par une mise à niveau des compétences des travailleurs en emploi par de la formation continue adaptée. 
Cela dit, ce sont probablement les PME qui auront le plus grand défi à relever. En effet, elles devront constamment investir dans les nouvelles technologies et former leurs employés à leur utilisation. Or, les PME qui utilisent intensivement le Web ont une croissance et un niveau d'exportation beaucoup plus importants que les autres. Mais pour qu'elles puissent participer de façon efficace au nouveau marché numérique, elles doivent prévoir le perfectionnement constant des compétences de leurs employés. Le virage numérique est donc un gage de productivité, une nécessité. 
Concrètement, en matière d'organisation du travail, l'avènement de la transformation numérique pourra impliquer une transformation du rôle des travailleurs, ou l'apparition de nouveaux métiers permettant de coordonner la gestion automatisée de la production, ou encore l'intégration des procédés de fabrication dans une nouvelle structure organisationnelle et opérationnelle. 
N'imaginons pas ici un scénario apocalyptique où le monde est dominé par les machines et les hommes en sont pris en otage, comme la littérature et la cinématographie nous l'ont bien souvent montré. La réalité, celle de tous les jours et qui représente une évolution irréversible et inéluctable des façons de faire, c'est qu'Internet, la réalité virtuelle, les logiciels, les procédés automatisés et même les réseaux sociaux ont créé de nouveaux modes de travail, et que tout le monde participe activement à cette évolution. Cela dit, beaucoup de chemin doit encore être parcouru pour remplir l'écart inquiétant qui subsiste sur le plan des compétences numériques.
Yves-Thomas Dorval, Président-directeur général, Conseil du patronat du Québec