Selon l'auteure de la lettre, il faut ramener le calme et la sérénité auprès des gens qui œuvrent au quotidien auprès de nos malades, nos résidents et nos enfants de la protection de la jeunesse.

Santé: vers une mort annoncée?

Lettre à Monsieur Claude Castonguay, ex-ministre de la Santé

J’aimerais vous parler de votre réseau de la santé et des services sociaux, celui que j’arpente depuis plus de 30 ans auprès des employés, des professionnels, des médecins et des cadres de tout niveau. J’ai visité ce réseau du Grand Nord au sud et d’est en ouest. J’ai fait le tour des différentes missions : hôpitaux, centres jeunesse, CLSC, CHSLD, centres de réadaptation et établissements privés.

J’ai eu le privilège au cours de ces 30 années de rencontrer au quotidien des gens dédiés et engagés… avec leurs défauts, leurs faiblesses mais tous ayant à cœur de faire une différence pour les patients et leur famille. Cet engagement envers les patients est au cœur même de leur décision de devenir un employé, médecin, professionnel ou cadre de ce réseau. Enlevez-leur la possibilité d’effectuer leur travail en tenant compte de cette valeur et vous venez de les désengager, de les rendre malades...c’est ce que nous voyons et entendons actuellement de toute part.

Mon travail m’amène directement sur le terrain, dans les établissements, et le constat est unanime : le climat est très malsain, la surcharge de travail causée par la réforme et la multitude de projets imposés par le ministre, les uns après les autres, sans période de répit, entraînent leur lot d’épuisement et de désengagement importants de la part de tous.

On ne peut, en 2018, gérer de la sorte puisque nous sommes confrontés en tant que société à des défis majeurs de recrutement et ceci, dans tous les secteurs. C’est vrai, le discours est négatif, mais il l’est surtout parce qu’on a manqué de respect et d’écoute.

Quand les employés, les professionnels, les médecins et les cadres se battent sur la place publique, via les médias et les partis d’opposition, je crois qu’il serait sage de comprendre que le ministre de la Santé n’est peut-être plus l’homme de la situation. Il faut ramener le calme et la sérénité auprès des gens qui œuvrent au quotidien auprès de nos malades, nos résidents et nos enfants de la protection de la jeunesse. 

J’ai écrit directement au premier ministre pour lui dire, à lui, ce que je viens de vous écrire. Plusieurs fois plutôt qu’une, sans réponse ou suivi de sa part. 

Selon les données colligées auprès des divers établissements avec lesquels je travaille, nous avons estimé que d’ici le 30 juin 2019, à cause des modifications au régime de retraite, nous perdrons de 40 à 45 % des cadres qui sont actuellement en poste. Nous estimons, aussi, que depuis avril 2014, le ministre a «permis», par ses actions, le départ de près de 4000 cadres et hors cadres.

L’attitude de son ministère à l’égard des cadres du réseau depuis 4 ans constitue de l’acharnement… comme si l’on voulait s’assurer que les cadres s’en aillent en grand nombre.

La population ne comprend pas la nécessité du travail des cadres dans notre réseau mais vous, Monsieur Castonguay, savez que pour qu’un bloc opératoire fonctionne, c’est le cadre qui s’assure que les salles et les instruments soient stérilisés, que tout est en place, que le personnel nécessaire est présent… et tellement plus, pour que médecins et infirmières puissent faire leur travail auprès des patients. C’est un travail d’équipe et les cadres font partie de cette équipe. Ce sont eux et elles qui permettent aux professionnels et médecins de faire leur travail… entre autres, car et vous le savez, c’est tellement plus complexe.

La question que l’on me pose le plus souvent dans les établissements, c’est pourquoi Monsieur Couillard accepte que le ministre Barrette détruise notre réseau comme il le fait depuis quatre ans.

Pour moi et pour beaucoup de professionnels, de médecins et de cadres, c’est clair, nous allons vers un mur et la destruction très prochaine du réseau que vous avez créé. J’aimerais vous dire à quel point les gens sur le terrain travaillent jusqu’à l’épuisement pour maintenir notre réseau en vie, car, comme vous, ils y croient et croient en la nécessité d’un réseau public.

Si l’enjeu est la disparition, totale ou partielle, de ce réseau, la population a le droit de savoir.

Merci, Monsieur Castonguay.

Me Anne-Marie Chiquette, APER Santé et Services sociaux, Montréal