Santé pulmonaire: que promet-on aux aînés?

Les maladies pulmonaires constituent la troisième cause de décès au Québec chez les gens âgés de 65 ans et plus. Pourtant, la prévention représente dans la majorité des cas une mesure des plus efficaces. En cette période électorale, tous les partis politiques sans exception ont fait des promesses, que ce soit pour le bien-être des aînés en soins palliatifs ou en CHSLD, ou encore celui des jeunes familles. Mais qu’en est-il des gens âgés de 65 ans et plus, encore actifs, retraités comme travailleurs? Qu’a-t-on promis à ces «oubliés» de cette campagne électorale en terme de prévention alors que plusieurs solutions s’offrent pourtant à eux?

Bien qu’il n’y ait pas de cure contre plusieurs maladies pulmonaires, une prévention adéquate est nécessaire. C’est ce que les 20% de Québécois qui sont aux prises avec l’une ou l’autre de ces maladies souhaiteraient crier à pleins poumons. Encore faudrait-il que ces personnes puissent respirer convenablement… Les solutions sont connues, mais est-ce que le prochain gouvernement aura le courage de les mettre en œuvre? Là est la question!

Prévenir les infections à pneumocoque...

Chaque année, les infections à pneumocoque entraînent entre 3000 à 6000 hospitalisations et provoquent de nombreux décès. Bien qu’il a été montré indéniablement que l’usage optimal des vaccins représente une économie et non un coût sociétal, le gouvernement doit s’assurer que le programme de vaccination contre le pneumocoque chez les personnes âgées soit efficace et atteigne les objectifs de prévention en santé publique. Le temps est venu d’être proactif et de prendre les mesures qui s’imposent pour le bien de la population. Pour améliorer la protection des aînés, le programme d’immunisation contre le pneumocoque doit être bonifié pour couvrir d’emblée les personnes âgées de 50 ans et plus, notamment en rendant accessible, et gratuitement, les deux vaccins Prevnar® 13 et Pneumovax® 23 en même temps. Ceux qui ont déjà reçu le vaccin Pneumovax® 23 doivent recevoir le vaccin Prevnar® 13 au moins un an après avoir reçu le vaccin Pneumovax®23. Notre demande est basée sur les recommandations faites par le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI).

Et les risques reliés à l’apnée du sommeil

Au Québec, 350 000 personnes sont atteintes d’apnée obstructive du sommeil (AOS). Toutefois, elles n’ont pas toutes la chance de pouvoir se payer le traitement de ventilation à pression positive continue, mieux connu sous le nom de CPAP. Et pourtant, ce simple appareil leur permettrait de retrouver la santé et une meilleure qualité de vie. La mise en place d’un programme adapté ferait en sorte que les personnes souffrant d’apnée du sommeil cessent de vivre sous la menace constante des risques liés aux conséquences de la maladie. Comparativement à l’ensemble de la population adulte, ces patients souffrent 2,5 fois plus souvent de diabète, 1,8 fois plus souvent d’hypertension, 2,2 fois plus souvent de maladie cardiaque, et 2,2 fois plus souvent de trouble de l’humeur comme une dépression, un trouble bipolaire, une manie ou une dysthymie.

À l’instar des autres provinces canadiennes, le gouvernement québécois doit offrir gratuitement les appareils de CPAP et ses accessoires à toutes les personnes atteintes d’AOS ne bénéficiant pas d’une couverture d’assurance privée. Il est plus que temps que le Québec rattrape le retard qu’il accuse sur l’ensemble du Canada.

Le prochain gouvernement doit adéquatement traiter l’apnée du sommeil comme un investissement qui permet d’améliorer la qualité de vie des Québécois plutôt que comme une simple dépense. Ce programme, estimé à près de 45 millions de dollars, aurait comme impact de maintenir actives les personnes ayant accès au bon traitement.

Programme contre le cancer du poumon

Sachant que les meilleures chances de guérison se trouvent chez les patients dépistés très tôt, il devient primordial d’envisager la création d’un programme de dépistage précoce chez les adultes âgés de 50 à 74 ans présentant des risques élevés de développer un cancer du poumon, comme le suggère le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs ainsi que la Société canadienne du cancer.

Malheureusement, 8000 Québécois ont reçu un diagnostic de cancer pulmonaire au cours de l’année 2017. Constatant l’étendue de cette maladie, l’Association pulmonaire du Québec a mis sur pied des tables de concertation permettant d’identifier de nouvelles pistes de solution pour optimiser le processus d’offre de soins aux patients. Parmi celles-ci, nous demandons un meilleur accès aux traitements anticancéreux ainsi que la mise en place d’un accompagnement complet pour les patients et leur famille.

Alors que cette campagne électorale donne lieu à une surenchère dans les promesses destinées aux personnes vulnérables, qui s’engagera à répondre à ce besoin vital qui conditionne tous les autres?

Au nom des patients à bout de souffle souffrant de maladies pulmonaires, nous vous exhortons de passer à l’action.

Dominique Massie, directrice générale, Association pulmonaire du Québec
Christian Schryburt, président, Conseil d’administration Association pulmonaire du Québec