Santé: plans d’effectifs d’un autre âge

Plusieurs événements régionaux récents en santé m’interpellent, que ce soit la fermeture de l’urgence en psychiatrie de l’hôpital du Saint-Sacrement et les lits d’hospitalisation qui y sont dédiés, l’absence de suivi en médecine physique pour les patients hospitalisés à l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Québec faute de médecins et, plus récemment, les patients laissés pour compte en soins palliatifs à l’Hôtel Dieu de Québec au lieu d’assouplir les règles du plan régional d’effectifs médicaux (PREM). Par ailleurs, au fil des ans plusieurs médecins de famille ayant pris leur retraite n’ont pu avoir de remplaçant pour les mêmes raisons et des cliniques médicales ont dû fermer.

Ces évènements sont tous reliés de près ou de loin aux plans d’effectifs médicaux et d’autres régions vivent sans doute les mêmes absurdités. Il y a pourtant assez de médecins.

Par ailleurs, on sait que pour un accès rapide à certains examens spécialisés, vaut mieux penser aller au privé et les payer. Le système régional centralisé de rendez-vous pour ces tests mis de l’avant par l’ancien gouvernement demande une patience à toute épreuve et après quelques semaines d’attente le malade peut se voir donner un rendez-vous loin de son domicile ou à une heure indue souvent incompatible avec son état de santé. Pendant ce temps, en clinique, des médecins spécialistes se tournent les pouces et se plaignent d’avoir des plages de rendez-vous libres. De tels exemples concernant l’accessibilité aux soins sont encore légion. Paradoxalement, on dit qu’environ 25% des malades ne se présentent pas à leur rendez-vous…

Dans un domaine qui m’est plus familier, j’apprenais récemment qu’encore cette année de nombreux postes de résidence en médecine familiale sont restés vacants au Québec: 65 en 2018, 56 en 2017 (Service canadien de jumelage des résidents - CARMS), ce qui se répète depuis pratiquement cinq ans. Résultats: des milieux de formation périclitent faute d’étudiants en stage, ce qui démoralise les professeurs, mais la conséquence inévitable est qu’il y aura moins de médecins de famille diplômés qui sortiront des facultés de médecine pour prendre la relève dans les années à venir. 

Pourquoi la médecine de famille perd-t-elle autant d’attrait auprès des étudiants? Les mêmes statistiques révèlent que c’est le premier choix de seulement 28,1% des finissants de l’Université Laval. Par contre, dans certaines spécialités il y a du chômage médical, les plans d’effectifs ne permettant pas l’ajout de nouveaux médecins. Ces jeunes médecins spécialistes quittent alors souvent le Québec pour d’autres provinces, voire ailleurs alors que nous avons défrayé leur formation.

Aucune entreprise ne pourrait s’en sortir dans un tel contexte.

On a essayé depuis les 30 dernières années de gérer le système par des règles rigides, des conventions et des lois déterminant le nombre d’étudiants, de postes et des milieux de pratique et même les tâches devant être accomplies par les médecins, les dernières et non les moindres étant les lois 20 et 130 de l’ex-ministre Barrette, qui a voulu dès le début de son mandat ajouter de la rigidité au système plutôt que de la rigueur. Les résultats n’ont pas été très positifs. C’est ainsi entre autres que les personnes en CHSLD se sont retrouvées du jour au lendemain sans possibilité d’avoir un médecin pour les suivre, que l’objectif d’un médecin de famille pour chaque citoyen ne s’est pas réalisé, que les urgences débordent toujours...

Quelles sont les solutions?

Des correctifs à la pièce ne suffisent pas, surtout pas d’autres règlements ou des lois. On doit songer à une réorganisation dans l’offre de soins conforme aux nouvelles réalités de la population ainsi que des travailleurs en santé, incluant les médecins.

Les PREM ou la façon dont ils sont gérés sont d’un autre âge et contrecarrent souvent la prestation optimale de services. Leurs effets pervers dont certains ont été mentionnés plus tôt l’emportent dorénavant sur leurs avantages. Ils doivent être remis en question et pourquoi pas remplacés. Deux têtes ou même trois pourraient se partager un poste sans crier au sacrilège avec une rémunération adaptée, ce qui conviendrait à plusieurs diplômés. Le salariat serait sans doute souvent privilégié si des bénéfices marginaux y sont associés comme pour les autres travailleurs de la santé. De plus, on devrait pouvoir admettre l’existence de postes à temps partiel, permettant par exemple à des médecins plus âgés qui veulent diminuer leurs tâches de le faire au lieu de les obliger de quitter pour laisser le poste à un plus jeune comme on le voit actuellement. Cela pourrait contribuer à diminuer les listes d’attente.

Il y a de multiples exemples d’entreprises qui innovent par exemple pour retenir des travailleurs expérimentés ou faciliter la vie de leurs employés et conséquemment satisfaire leur clientèle. Pourquoi pas en médecine?

D’autres intervenants en santé ont sans doute des suggestions à faire dans leur domaine respectif pour bonifier la prestation de soins dont un partage plus important des tâches qui fait de plus en plus consensus.

La nouvelle ministre a un regard nouveau, empreint de concertation. Le récent discours du Trône va dans ce sens. Sachons en tirer profit ensemble.

Richard Gagné, médecin retraité

Ex vice-doyen aux affaires cliniques (1994-2002)

Faculté de médecine, Université Laval