Santé mentale: pas tous dans le même panier

Luc J. Vigneault
Luc J. Vigneault
Auteur et acteur, Québec
POINT DE VUE / Depuis la funeste Halloween, on parle plus que jamais de santé mentale. Celle des victimes sous le choc post-traumatique. Celle de leurs proches, de leurs voisins, etc. Et celle du suspect arrêté et inculpé. Dont son aptitude à comparaître et reconnaître l’ampleur de ses gestes.

On tente aussi de décrire l’indicible. Pour comprendre ce qui semble incompréhensible. En se demandant: pourquoi? Pourquoi Suzanne et François? Pourquoi ce mauvais timing? Pourquoi partir du 450 pour commettre l’irréparable? Et surtout, pourquoi à Québec? Questions peut-être sans réponses, à moins que le procès n’en dévoile une partie. Et le rififi de la polarisation - déjà présente au sud du 49e parallèle - qui atteint son paroxysme dans l’opinion publique. On dit: «Fou dangereux!» On écrit même sur mon Facebook: «Si y touche à ma famille... trois balles dans l’corps, c’est réglé!». Fiel haineux, s’il en est un! La peine de mort, avec ça?

Ayoye!

Ce besoin de venger le sang par le sang, n’est-ce pas stigmatiser sans nuance aucune tous ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale? En les mettant tous dans le même panier? On voit poindre d’ici le spectre d’un profilage psychosocial avec un régiment de psys criminologues, harcelants et infantilisants, et de policiers, matraque en l’air, prêt à déferler sur tout ce qui est estampillé «santé mentale», à la manière d’Attila et ses Huns.

Fabulations? Voire! J’ai souvent écrit sur la répression aliénante exercée par la société. Quand les médias refusent de parler de l’auteur de ce crime par peur d’y accorder de l’importance, dixit Valérie Gaudreau, ça me pince un peu! Non, parlons-en... mais de façon constructive et pédagogique. Pour comprendre et prévenir d’autres dérives du même acabit. Y compris se faire justice soi-même, ce qui ne ressuscitera personne!

À LIRE AUSSI: D'une crise à l'autre

Au départ: cesser de voir toute personne avec une santé mentale précaire tel un monstre! Sans excuser ou banaliser l’horreur, ne la regardons pas seulement au premier degré. Comprenons plutôt la maladie avec empathie.

Pour mieux honorer la mémoire de Suzanne et François. Et pour ne pas que le machiavélisme éclipse la bonté!