Il n’est plus possible de se fermer les yeux sur l’état de santé du personnel du réseau, écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

Santé et services sociaux: pas de lumière au bout du tunnel pour le personnel

Lundi dernier, en conférence de presse, le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CIUSSS de la Capitale-Nationale (CSN) a rendu public des cas précis d’abus de pouvoir subis par des employé(e)s dans le réseau de la santé et des services sociaux. La réponse de la haute direction, qui nie en bloc et enjolive la situation, illustre à quel point, enfermée dans sa tour d’ivoire, elle a perdu contact avec la réalité du terrain. Il est urgent que décideurs et gestionnaires retombent sur le plancher des vaches.

Un nouveau sondage, mené par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS CSN) auprès de 12 000 salariés du réseau, est récemment venu rappeler à quel point le personnel est à bout de souffle.

En effet, si la grande majorité du personnel apprécie toujours la nature de son travail, la détérioration constante des conditions de travail ces dernières années est telle que le réseau est au cœur d’une crise.

Tous les indicateurs sont au rouge. La charge de travail a dépassé les limites qui sont humainement acceptables. La désorganisation du réseau a entraîné des problèmes de gestion majeurs qui affectent le personnel et qui ont pour effet de déshumaniser les soins. Le tout, combiné au manque criant de personnel, entraîne une augmentation des arrêts de travail, de la détresse psychologique et de l’épuisement professionnel, dans ce qui constitue un terrible cercle vicieux. Plusieurs choisissent de quitter le réseau alors que d’autres préfèrent se tourner vers le secteur privé. Le réseau public perdant peu à peu de son attractivité, on peut sérieusement se questionner sur son avenir si rien n’est fait.

Lorsqu’on leur demande ce qu’ils en pensent, les travailleuses et les travailleurs mettent de l’avant plusieurs pistes de solution pour améliorer les choses. D’abord, le respect. Il est inconcevable que de petits gestionnaires puissent faire la pluie et le beau temps et traiter les salariés, hommes et femmes, ainsi. De plus, une meilleure organisation du travail, une augmentation du personnel et une meilleure reconnaissance sont réclamées. Le tout avec de meilleures conditions de travail et salariales. Ce que le personnel souhaite, c’est d’avoir l’occasion d’avoir un contrôle sur son travail et qu’on écoute enfin ce qu’il a à proposer.

Mais tout cela ne pourra se faire en continuant comme dans les dernières années. On ne peut continuer de couper dans les budgets des établissements du réseau en espérant améliorer le sort du personnel. Pour appuyer sérieusement les employé(e)s, il faudra régler une fois pour toutes le problème de financement de notre réseau public et rendre les milieux de travail plus attirants afin de redonner le goût d’y travailler aux personnes qui ont choisi comme carrière le réseau de la santé et des services sociaux.

Nous devons prendre acte de ce cri du cœur du personnel du réseau. Si rien n’est fait pour redresser la situation, fort est à parier que les tendances observées n’iront qu’en s’aggravant. Il n’est plus possible de se fermer les yeux sur l’état de santé du personnel du réseau. L’heure est maintenant venue de mettre en branle des solutions durables dans un réseau dont la vocation première est de prendre soin de la population, mais qui semble incapable d’en faire autant pour ses propres employé-es.

Ann Gingras, présidente, Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches (CSN)