Saguenay-Lac-Saint-Jean - Pas d'emplois durables en forêt sans création d'aires protégées

Depuis plusieurs semaines, un débat polarisé a cours au Saguenay-Lac-Saint-Jean: la création d'aires protégées et la protection du caribou forestier sont systématiquement opposées au maintien des emplois en milieu forestier. Pourtant, le maintien d'emplois durables en foresterie est étroitement lié à la certification environnementale de l'industrie. En 2011, une étude mondiale de marché mentionnait que la demande des produits certifiés FSC (Forest Stewardship Council) était en augmentation. Or, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, deux certificats FSC de Produits forestiers Résolu sont suspendus depuis décembre 2013, en raison notamment du manque de mesures crédibles pour la protection du caribou forestier. Le fait de ne plus pouvoir fournir des produits certifiés FSC pourrait avoir de lourdes conséquences sur l'accès aux marchés, donc sur les emplois forestiers.
Depuis plusieurs semaines, un débat polarisé a cours au Saguenay-Lac-Saint-Jean: la création d'aires protégées et la protection du caribou forestier sont systématiquement opposées au maintien des emplois en milieu forestier. Pourtant, le maintien d'emplois durables en foresterie est étroitement lié à la certification environnementale de l'industrie. En 2011, une étude mondiale de marché mentionnait que la demande des produits certifiés FSC (Forest Stewardship Council) était en augmentation. Or, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, deux certificats FSC de Produits forestiers Résolu sont suspendus depuis décembre 2013, en raison notamment du manque de mesures crédibles pour la protection du caribou forestier. Le fait de ne plus pouvoir fournir des produits certifiés FSC pourrait avoir de lourdes conséquences sur l'accès aux marchés, donc sur les emplois forestiers.
Produits forestiers Résolu dispose d'un an pour remédier à la situation et regagner ses certificats. Pour cela, des efforts doivent être faits afin de corriger plusieurs non-conformités, notamment celles concernant la protection du caribou forestier. L'industrie doit également contribuer à la création d'un réseau d'aires protégées représentatives des écosystèmes présents. Dans ce contexte de certifications FSC à regagner, les décisions prises régionalement et les propos tenus par l'ensemble de la classe politique apparaissent irresponsables. En remettant en question la précarité du caribou forestier et en s'opposant à la création d'aires protégées, c'est la crédibilité de l'industrie forestière comme fournisseur de produits issus d'une foresterie verte qui est mise en jeu. Et, par-delà, celle du gouvernement, responsable d'appliquer la Loi sur les espèces menacées et vulnérables et d'atteindre ses propres objectifs de protection du territoire, à savoir 12% d'aires protégées d'ici 2015.
L'émergence de «caribou-sceptiques» dans la région (par analogie aux climato-sceptiques qui nient la réalité des changements climatiques) met en danger l'image de l'industrie et de la région. La mauvaise interprétation d'un rapport d'inventaire du caribou forestier ayant eu lieu à l'hiver 2012 au Saguenay-Lac-Saint-Jean a conduit à une fausse affirmation stipulant que la population de caribous a doublé dans la région. Au cours des dix dernières années, la recherche et l'acquisition de connaissances sur le caribou forestier ont pourtant grandement évolué. La science est sans équivoque: le caribou forestier est menacé. L'équipe de rétablissement du caribou forestier s'est basée sur les données scientifiques afin d'élaborer un nouveau plan de rétablissement 2013-2023. Ce plan précise les actions à entreprendre pour contribuer au rétablissement de l'espèce. Parmi celles-ci, la création d'aires protégées de plus de 1000 km2 en forêt boréale commerciale et la création de grandes aires protégées (plus de 10 000 km2) situées de part et d'autre de la limite nordique des forêts attribuables sont recommandées. Le développement des connaissances peut et doit toujours se poursuivre, mais on ne peut ignorer les faits.
La baisse de la possibilité forestière associée à la création d'aires protégées et à la protection du caribou forestier demeure une préoccupation légitime. Il convient d'étudier les moyens d'en minimiser ses impacts. Toutefois, les baisses successives des dernières années sont attribuables à la surexploitation de la ressource forestière, comme le soulignait le rapport Coulombe. Il convient donc d'être raisonnable afin de trouver le bon équilibre. La solution ne consiste pas à restreindre la création d'aires protégées aux seuls milieux non productifs et non représentatifs de la biodiversité régionale. Elle doit être élaborée de façon raisonnable en incluant la recherche de l'établissement d'un réseau d'aires protégées de qualité.
Depuis 2011, la Table régionale d'analyse de carence en aires protégées (TRACA) mise en place par la Conférence régionale des élus du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRÉ) travaille en ce sens. Ce vaste processus de concertation, incluant les principaux intervenants socio-économiques régionaux, a permis l'élaboration d'un scénario permettant à la région d'atteindre ces cibles en aires protégées. Ce scénario s'est construit sur la base d'une analyse de carences écorégionales produite par le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs.
Alors que cette démarche a progressé de façon constructive pendant longtemps, voilà qu'une récente levée de boucliers, bien synchronisée avec le déclenchement prochain d'élections, semble avoir pour objectif de faire dérailler le processus. Cette situation est inquiétante et ne sert ni l'intérêt de l'industrie ni celui des caribous. L'avenir des emplois en forêt dépend de la capacité de cette industrie à répondre aux exigences environnementales des acheteurs. Dépassons les enjeux liés à des gains électoraux à court terme et travaillons ensemble à maintenir la biodiversité et des emplois durables en forêt.
Louis Bélanger (responsable de la commission Forêt de Nature Québec) et Christian Simard (directeur général de Nature Québec)